Le trésor monétaire de Risan (IGCH 391) - une contribution à l'étude de l'histoire économique de l'Illyrie du Sud more

L'Illyrie méridionale et l'Epire dans l'Antiquité III. Actes du 3e colloque international de Chantilly (1996), réunis par P. Cabanes (Paris, De Boccard, 1998), pp. 107-114.

L'lllyrie meridionale et l'Epire dans l'Antiquite - III Actes du III colloque international de Chantilly (16-19 Octobre 1996) reunis par Pierre CABANES Tire a part Publics avec le concoitrs du Ministere des Affaires Etrangeres, In Ministere de VEducation nationale* de VEnseignement superieur et de la Recherche et du Centre National de la Recherche scientifique (GDR 1052) DE BOCCARD IK rue de Medicis - 75006 PARIS DUBRAVKA UJES Faculte de Philosophic, Universite de Belgrade LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN (IGCH 391) - UNE CONTRIBUTION A L'ETUDE DE L'HISTOIRE ECONOMIQUE DE L'lLLYRIE DU SUD Dans cet article, on va examiner le tresor monetaire de Risan, Bouches de Kotor, Montenegro, connu sous le numero 391 de IGCH. Etant un important temoignage numismatique des contacts entre le monde grec et le lit- toral de rillyrie du sud, cette trouvaille a ete citee plu- sieurs fois, mais elle est restee incompletement connue. Actuellement, il est possible de la traiter plus analyti- quement, et de la reconsiderer sur la base de deux ele- ments nouveaux : a) une partie du tresor, inedite jusqu'a present, et b) des renseignements sur la presence et sur les influences helleniques dans 1'Adriatique de Test et dans son arriere-pays. Plus precisement, le point de depart pour une analyse est donne par des stateres du type corinthien, appartenant a la partie du tresor conservee au Cabinet Numismatique du Musee National de Belgrade.1 Ces monnaies seront analysees ici ensemble avec 1'information sur les pieces du meme type, deja preliminairement publiees apres la decou- verte du depot, ce qui nous donne la base de la recherche. Le point d'arrivee, qu'on desire ici, est de constater des caracteristiques du tresor de Risan, et d'etablir la place de cette trouvaille entre les autres nombreux tresors de stateres du type corinthien. Les donnees principales sur le tresor Le depot en question a ete decouvert au debut de l'annee 1927, sur les champs bas cotiers de Carine2. Le tresor a ete mis au jour au cours de la construction d'une scierie, situee au milieu des champs de Carine, a environ un seul metre de profondeur, mais tout autre detail sur les conditions de la trouvaille est, malheureusement, com- pletement inconnu. Le contenu originel comprenait trois cents monnaies d'argent approximativement, qui se repartissent en deux groupes : 1) environ deux cents tetradrachmes de Damas- tion et d'autres ateliers dits illyro-peoniens, et 2) environ cent pieces des stateres du type corinthien. Dispersees immediatement apres la decouverte, les pieces du tresor ont ete acquises par plusieurs collections privees et publiques.3 Les monnaies de Damastion ont attire beau- coup plus 1'attention, a cause de leur rarete, et parce qur c'etait, en meme temps, la trouvaille la plus riche de ces monnaies en general.4 Par contre, les stateres corinthiens etaient relativement negliges, et on ne disposait a leur sujet que d'une information sommaire5. Catalogue I - les stateres conserves au Musee national de Belgrade Du total de vingt-cinq exemplaires a notre disposi- tion, les douze pieces conservees au Musee National de Belgrade font un groupe sur lequel on dispose de Vinfor- mation la plus complete. Les types de toutes les pieces etant immuables : le Pegase au droit, et la tete d'Athena 1 - Je remercie Mme B. Boric-Breskovic, chef du Cabinet des medailles, de m'avoir permis de publier les stateres en question; les sta- teres ont ete enregistres sous le n° 1117 de l'lnventaire numismatique, et ils ont ete achetes en 1929, ensemble avec une partie d'un autre depot de Risan, contenant les monnaies hellenistiques en bronze, publie : Ujes 1993, 5sqq. 2 - L'information contemporaine sur la trouvaille a ete donnee par Klemenc 1936, et elle a ete repetee plusieurs fois : Horvat 1936, 29-30; May 1939, 199-202; IGCH, no.391; Mirnik 1981, n°9; J. Klemenc et B. Horvat, tous les deux collectionneurs, ont visite Risan immediatement apres la decouverte du depot, et achete un certain nombre d'exemplaires. 3 - D'apres les citations de Horvat 1936, 40-50, et May 1939, pas- sim dans le catalogue, les monnaies ont ete partagees entre au moins huit collections, a cote de celle du Musee National de Belgrade. 4 - Les monnaies publiees d'ateliers illyro-peoniens : May 1939, les 34 exemplaires au catalogue, et p. 199. 5 - Horvat 1936, 49-50, une liste de treize pieces; voir le Catalogue ici, part II. 108 D. UJES coiffee du casque corinthien au revers - on a cite seule- ment les importants details iconographiques. A - Corinthe 1. 7,86 g; 21,30 mm; 6. D. Pegase bride, les ailes recoquevillees, volant a d., dessous Q (ou P). R. petite tete d'Athena a dr. sans boucle d'oreilles, un Q derriere la queue, disposee verticalement dans un carre-creux. cf. Ravel: III periode, transition de 457-415 av. J.-C, 2. classe, de 439 a 431 av. J.-C, n° 285, P 151 (152?), T 224. 2. 8,17 g; 22,00 mm; 2. D. grand Pegase libre a d., l'aile parallele au corps, la queue plus eloignee du corps, sans initiale. R. un £ inverse derriere la tete d'Athena, devant dau- phin plongeant. cf. Ravel: IV periode, de 415 a 387 av. J.-C, XIV serie, n°922, P375,T524. 3. 8,28 g; 21,30 mm; 10. D. Pegase a g., les jambes anterieures tres relevees, dessous Q. R. tete d'Athena a g., derriere E et flambeau, cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, lre serie au E, n°993. 4. 8,34 g; 21,25 mm; 10. D. Pegase a g., l'aile recourbee vers le haut, la queue ondulee, dessous Q. R. tete d'Athena a d., derriere N et aryballos. cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie au N, n° 1059. - le revers fait montre des traces de double frappe par les memes coins, visibles particulierement sur le casque et sur le visage. 5. 8,14 g; 20,70 mm; 4. D. meme Pegase. R. meme tete a d. mais plus grande, derriere N, et un canthare seulement partiellement visible. cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie au N, n° 1060. 6. 8,28 g; 20,10 mm; 7. D. comme le precedent. R. meme tete, mais plus petite a g., derriere N et tris- kele de croissants dans un cercle. cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie auN, n°1065. LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN 109 B - les colonies de Corinthe Dyrrhachion 7. 8,02 g; 21,40 mm; 2. D. grand Pegase a d., dessous A peu visible. R. tete d'Athena a d., derriere massue verticale (et un tres petit A ?) cf. BMC 12, Epidamnus-Dyrrhachium n° 10-11 (var.). Cor eyre 8. 8,00 g; 20,55, 11. D. Pegase aux ailes pointues, a d. R. tete d'Athena ad., devant/KO/PKYPA; derriere amphora. cf. BMC 12, Corcyra, n° 1-2 var. Grose, n° 5213, var. Babelon II/4, Corcyre, n° 366-367. SNG Cop. 12, n° 164 (memes coins?) Anactorion 9. 7,87 g; 23,10 mm; 2. D. Pegase a g., les ailes pointues et la queue ondulee, dessous monogramme A + N. R. tete d'Athena a g., derriere trepied-lebes. cf. Grose, n° 5291, les memes coins. - le revers concave; le bord endommage. 10.7,99 g; 21,75 mm; 7. D. Pegase ad., les ailes pointues; dessous l'epi de ble, sa tige a d. R. tete d'Athena, coiffee du casque a panache, e g., devant le visage, ANAKTOPIQN; derriere, le symbole n'est pas clair, peut-etre un trepied. cf. BMC 12, Anactorium n° 13 pour le revers; pour le droit il n'etait pas possible de trouver d'analogic - voir le commentaire dans le texte sur cet exemplaire particulier. Leucas 11. 8,25 g; 22,45 mm; 9. D. Pegase a d., 1' aile tres relevee, dessous A peu visible. R. tete d' Athena a d.; derriere, A et un caducee vertical. cf. BMC 12, Leucas n°57. Grose no. 5344, le meme coin de revers. Babelon II/4, Leucas n° 131. SNG Cop. 12, n°346. 12. 8,05 g; 19,95 mm; 9. D. Pegase comme le precedent. R. tete d'Athena a d.; derriere, A et terme d'Hermes ithyphallique a d., un caducee entre la terme et le casque d'Athena. cf. BMC 12, Leucas n°63. Babelon II/4, Leucas n° 151. 110 D. UJES Les plus nombreux sont les exemplaires frappes a 1'atelier corinthien (n° 1-6), mais la monnaie la plus inte- ressante est une de deux monnaies d'Anactorion (n° 10). Cette piece porte l'epi de ble sous le Pegase, et 1'inscrip- tion integrate autour de la tete d'Athena. Les stateres du type corinthien a ce symbole, qui est parfois accompagne de la lettre A, etaient attribues a 1'atelier d'Ambracie, ou a un « atelier inconnu ».6 La legende sur notre exemplaire no. 10 indique clairement 1'atelier de cette monnaie qui represente, a en juger d'apres la litterature disponible, la piece unique. Etant isolee, elle ne peut pas resoudre la question d'identification de 1'atelier dit« inconnu », mais on est incite a supposer qu'il s'agit d'Anactorion. II - les stateres publies en 1936 Le groupe des stateres deja publies comprend les treize exemplaires de differents ateliers, sur lesquels on ne dispose pas d'information plus precise, parfois non plus de la description detaillee. L'identification primaire d'un nombre d'exemplaires a subi certaines corrections; les cinq exemplaires illustres n'ont pas ete nettoyes avant d'etre photographies, ce qui rend leur attribution moins eprouvee. A - Corinthe 13. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena, « du style archa'ique ». - Horvat 1936, cat. n°l; pas illustre; identification proposee : BMC 12, Corinth n° 17. - la citation au BMC ne peut pas etre acceptee, parce que le revers au numero propose ne correspond pas; on suppose qu'une analogie plus proche peut etre trouvee a la P. II/l-ll. 14. D. Pegase a g.; lettre indistincte. R. la tete d'Athena a g., derriere thyrsos. - Horvat 1936, cat. n° 12, illustre : T. II/3. - 1'atelier dit « inconnu » peut etre defini d'apres la photographie : cf. Ravel: V6 periode, de 386 a 307 av. J.- C, 4e serie au T, n° 1025a le plus proche. Babelon II/3, Corinthe n°564. 15. la description comme au precedent. - Horvat 1936, cat. n°13, pas illustre; «atelier inconnu ». - cf. comme au precedent (?). 16. D. Pegase a g. R. tete d'Athena a g., derriere la lettre N et Ares. - Horvat 1936, cat. n°5, pas illustre; 1'identification proposee : BMC 12, Corinth n° 375, est correcte. cf. Ravel: Ve periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie au N, n° 1056. 17. «tres proche du precedent, mais le symbole indistinct». - Horvat 1936, cat. n° 6, pas illustre. cf. comme au precedent (?). Corinthe, ou Dyrrhachion (?) 18. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena, A derriere la tete de la deesse (le symbole n'est pas men- tionne). - Horvat 1936, cat. n°2, pas illustre; identification proposee : Dyrrhachion. - les stateres d'Epidamnos portent, le plus sou vent, le A au droit; il est plus probable qu'il s'agit plutot encore d'une piece de Corinthe, appartenant, d'apres Ravel, a la V6 periode, 2e serie au A. 19. comme au precedent. - Horvat 1936, cat. n° 3, pas illustre. -1' identification comme au precedent. B - les colonies de Corinthe Dyrrhachion 20. D. Pegase. R. tete d'Athena a d., « derriere A et massue ». - Horvat 1936, cat. n°4, illustre : T. II/4; l'identifica- tion proposee est correcte : cf. BMC 12, Epidamnus-Dyrrhachium 10-11 var. Ambracie (?) 21. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena, « la lettre A au droit ». - Horvat 1936, cat. n°7, pas illustre; identification proposee : Anactorion. - les stateres d'Anactorion porte normalement le monogramme A + N au droit, et tres rarement un seul A. Les stateres d'Ambracie portent le plus souvent une seule lettre A sous le Pegase, ce qui nous incite a attri- 6 - L'epi de ble au dessous de Pegase est represente sur les stateres du type corinthien de Syracuse, mais 1'inscription revele 1'atelier: BMC 12, Syracuse 11, et Calciati 1990, Siracusa 15. Le symbole, fre- quemment accompagne de la lettre A, est represente sur les stateres attribues a Ambracie, ou a un « atelier inconnu », ou il est situe au revers, derriere la tete d'Athena : BMC 12, Ambracia 62; Ravel 1928, « l'atelier inconnu », 184, 191-192; Calciati 1990, Ambracia 127-129, et « l'atelier inconnu » 440-441. L'epi de ble est represente sur les tri- hemidrachmes et sur les bronzes de Corinthe : BMC 12, Corinth 321 et 428, et aussi sur les drachmes du type corinthien d'un «atelier inconnu » : BMC 12, Uncertain Mints 17-18. LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN 111 buer cette piece a 1'atelier d'Ambracie, mais sans precision : Ravel 1928, passim. Anactorion 22. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena, « au revers, les lettres A et N en ligature; le symbole indistinct». - Horvat 1939, cat. n°8, pas illustre; identification proposee : Anactorion. - il est assez rare de ne pas trouver le monogramme cite de meme au droit des stateres d'Anactorion, mais 1'identification semble acceptable. Leucas 23. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena, « au revers, A et hippocampe ». - Horvat 1939, cat. n°9, illustre : T. II/5; 1'identifica- tion proposee est correcte : cf. Imhoof-Blumer 1878, Leukas n° 34. 24. D. Pegase a d. R. la tete d'Athena a g., derriere A et caducee vertical. - Horvat 1936, cat. n° 11, illustre : T. II/7; identifica- tion proposee est BMC 12, Leucas n°51, mais plus ade- quat est: cf. BMC 12, Leucas n° 56. Babelon II/4, Leucas n° 131. - le n° 11 de ce catalogue porte les memes symboles. 25. D. Pegase a d. R. la tete d'Athena ad., derriere A et un symbole indistinct. - Horvat 1936, cat. n° 10, illustre : T. II/6; l'attribu- tion a 1'atelier de Leucas est correcte, mais il n'est pas possible de donner d'autre precision. Du point de vue des ateliers representes, et aussi de la structure chronologique, ce groupe est tres proche de celui du Musee de Belgrade. Deux exemplaires anterieu- rement attribues a Dyrrhachion, n° 18-19, appartiennent plus probablement a la Ve periode du monnayage corin- thien, et la piece n° 21 aux emissions d'Ambracie. L'existence d'encore dix-neuf exemplaires de stateres a ete signalee, mais 1'information est imprecise : les six attribues a Dyrrhachion (?), les sept illisibles, et le reste sans aucune definition.7 Ces monnaies, pourtant, ne peu- vent pas etre incluses dans la discussion. U analyse du depot Bien que 1'information ne soit pas toujours complete, les vingt-cinq stateres du depot sont disponibles pour une analyse numismatique, ce qui fait pratiquement vingt- 7-Horvat 1936, 51. 8 - Horvat 1936, 49 et 51, souligne cette caracteristique, qui est cinq pour cent du numeraire reporte de ce type de mon- naies dans le tresor de Risan. Cependant, seulement trente quatre pieces de tetradrachmes illyro-peoniens ont ete examinees, ce qui represente environ onze pour cent de leur quantite. Les exemplaires frappes a 1'atelier de Corinthe dominent en entier, suivis par les cinq pieces de Leucas, les trois d'Anactorion, les deux de Dyrrhachion, et une piece chacune d'Ambracie et de Corcyre. Meme si nous n'avons pas l'information complete concernant le contenu originel du tresor, il parait que ces parties resi- duelles montrent que, dans le tresor, le nombre de pieces des ateliers mentionnes est approximativement en pro- portion avec le volume estime de leurs emissions des sta- teres du type corinthien. L'etat de conservation des stateres n'est pas tres bon. II est mentionne qu'il y avait des stateres « endommages par l'usure et par la corrosion, et illisibles » (v. la note 7). La corrosion a ete provoquee par l'humidite salee et par les inondations saisonnieres du terrain de champs cotiers ou le depot etait enterre. Le mauvais etat de conservation a ete note dans tous les deux groupes de stateres, tandis que les tetradrachmes ont subi moins de dommage.8 Cette constatation permet de supposer que 1'argent mon- naye des stateres etait d'une qualite relativement plus basse, certainement inferieure a celle du metal utilise pour les teeradrachmes. La possibilite de comparer la qualite des metaux est tres importante, et nous revien- drons sur ce fait plus tard. On peut noter que seulement l'exemplaire n°l, appartenant aux emissions plus anciennes, porte des evi- dentes traces d'usure. Le degre de frai d'autres exemplai- res au Musee de Belgrade ne semble pas haut, ce qui est perceptible meme quand les surfaces sont endommagees par la corrosion, ou par le nettoyage tres fort; on peut pourtant douter si cette caracteristique est due a certaine selection a 1'occasion d'acquisition. Les photographies d'exemplaires deja publies ne peuvent donner aucune information sur l'usure. Parmi les emissions representees dans le tresor, la chronologie peut etre precisee seulement pour le mon- nayage de Corinthe. Les plus nombreux sont les exem- plaires de la 5e periode de Ravel, datee aux deux dernieres decennies du 4e siecle av. J.-C. (n°3-6, 14-17, probablement les n° 18-19 aussi); une piece est datee a la 4e periode (n° 2), et une, ou deux (n° 1, 13) a la troisieme, datant de la fin du 5e s. av. J.-C. Une telle composition, variee chronologiquement, n'est pas inconnue dans les depots de stateres du type corinthien. La comparaison des caracteristiques des pieces de deux grands groupes de monnaies du tresor de Risan, egalement evidente sur les exemplaires du Musee de Belgrade. 112 D. UJES celui de stateres corinthiens, et de F autre, compose de tetradrachmes illyro-peoniens, demontre certaines diffe- rences, qu'on doit souligner : 1 - la difference quantitative entre les deux groupes du tresor - un numeraire deux fois plus grand de pieces d'origine illyro-peonienne, indique, dans un certain mode, la predominance du monnayage provenant des espaces interieurs des Balkans;9 2 - la difference de degre de la conservation des pieces - en fait, la difference de resistance a la corrosion dans les memes conditions, indique, en tout cas, une difference de la qualite de metal. Cette caracteristique souligne la diffe- rence essentielle entre les metaux monnayes de deux groupes, et indique leurs origines diverses, ou, peut-etre, les deux technologies, substantiellement differentes, de preparation du metal brut pour le monnayage. C'est une des plus importantes remarques, etant donne la supposi- tion que 1' argent des mines de Damastion fut utilise pour la production abondante des monnaies corinthiennes.10 3 - les differences de la chronologie - en ce qui con- cerne la datation de la frappe, il apparait une certaine dif- ference, d'autant que la frappe des monnaies de Damastion du tresor est datee, d'apres May, entre c.350 et c.325 av. J.-C, c'est-a-dire, considerablement plus tot que 1'arret de la frappe de stateres a 1'atelier de Corinthe.11 Cette difference souligne la question de la chronologie d'accumulation du tresor, comme, de meme, d'autres aspects de sa thesaurisation. En rapport avec cette question, on peut noter que les monnaies de tous les deux groupes appartiennent aux emissions tardives de leurs ateliers; ayant en vue la chronologie relative, il s'agit d'emissions presque finales, ce qu'on remarque clairement chez le groupe illyro-peonien dans les chan- gements de style, de metrologie et de qualite de metal.12 Les circonstances de la trouvaille dans de plus amples cadres, c'est-a-dire, des aspects externes de 1'analyse numismatique, donnent aussi des informations importan- tes pour 1'analyse du tresor. La localite de Carine, ou le tresor fu decouvert, est bien connue d'apres des trouvailles frequentes des mon- naies de l'epoque antique; selon des temoignages archeologiques, la se trouvait la partie principale de la ville antique de Rhizon-Risinium. L'emplacement du lieu de la decouverte du tresor est, en effet, la zone stric- tement urbaine, localise dans le perimetre des murailles datant, le plus probablement, du 4e siecle av. J.-C.14 L'enterrement d'un depot monetaire a l'interieur de la zone habitee d'un centre indigene trouve des analogies, par exemple, en Sicile, mais dans une periode plus ancienne.15 Dans les cadres geographiques plus amples, la posi- tion de 1'ancienne ville de Rhizon etait, pendant l'anti- quite, assez convenable, ce qui donne des indices sur la question : comment les monnaies de deux grandes grou- pes sont arrivees au lieu de leur enfouissement. Situee au fond d'une rade profonde, la ville servait d'un bon port protege, et ce n'est pas fortuit, que le Sinus Rhizonique a deja ete mentionne par le « Periple » de Pseudo-Scylax (Ps. Scyl. 24,25). La ville se trouvait, aussi, a la tete de la route continentale menant a l'interieur, a l'arriere-pays montagneux, et encore plus loin, aux regions interieures de l'lllyrie du Sud.16 Une telle position a permis a Rhizon de devenir le port d'echange, ou 1'affluence de monnaies des ateliers eloignes etait possible. Relativement a la diffusion de depots monetaires con- tenant des stateres du type corinthien, le tresor de Risan appartient a la zone des regions adriatiques et de la Grece du nord-ouest. Dans les cadres de cette zone, le depot a ete decouvert a la porte la plus eloignee au nord, et il apparait, etant donne la position de Rhizon et sa fonction presuppo- see de marche, que le tresor en question unit, en quelque maniere, les bouts de deux voies de communications - une continentale, et 1'autre, maritime. Excepte Corinthe, tous les ateliers representees dans le depot sont situes le long de la cote ionienne jusqu'a Dyrrhachion au nord, suivant la route maritime vers l'Adriatique du nord, ce qui reflete, sans doute, des activites de Corinthe et de ses colonies. On est incite a penser tout d'abord a Corcyre, comme a un probable transporteur et transmetteur de stateres du type corinthien vers l'Adriatique du nord.17 Quels pouvaient etre les facteurs particuliers qui ont fait parvenir jusqu'a Rhizon les monnaies de deux groupes ? II n'est pas possible de les determiner - ils pou- vaient etre d'origine commerciale, comme de meme 9 - May 1939, 201, a suppose que la ville de Damastion avait une forte influence commerciale dans les regions cotieres, et que ses mon- naies rivalisaient avec la presence et 1'utilisation des stateres du type corinthien; cette supposition est tres peu acceptable, ayant en vue la dispersion et les caracteristiques de monnaies de Damastion. 10 - Beaumont 1936, 181-184; May 1939, VIII-IX, 2-3. 11 - May 1939, 199. 12-May 1939, 199-200. 13 - Sur la frequence des trouvailles monetaires, et d'autres trou- vailles archeologiques sur les champs de Carine : Evans 1880, 270; Evans 1885, 39-40; Richly 189^50-151; Ujes 1993, 6-7; les resultats des fouilles effectuees en 1988-1989 par l'lnstitut regional de protection des monuments historiques des Bouches de Kotor, ne sont pas encore publies (les fondations de maisons, avec beaucoup de ceramique des 4e- 2e s. av. J.-C, dont la plupart est hellenisee ou d'origine grecque). 14 - Evans 1885, 40; Richly 1898, 146-147; il est possible de faire une comparaison avec des remparts des villes grecques et illyro-grec- ques des littoraux orientaux adriatique et ionien, particulierement ceux de Lissos, Chimara (Chaonie), Amantia et Bouthrotos : Beaumont 1952, 69sqq, chronologie 72. 15 - Stazio 1982, 55, 59, 63-64. 16-Parovic 1980, 29-30. 17 - Sur les activites de Corcyre : Braccesi 1977, 102sqq; Kiehle 1979, 177-179, 183-185; Bakhuizen 1987, 190-191. LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN 113 militaire; les mecanismes de diffusion pourraient bien etre indirects, ou secondaires. Dans la region cotiere de l'lllyrie, dans laquelle est situee la ville de Rhizon, en ce temps la, il n'y avait pas d'atelier local. Meme les temoignages de la diffusion de monnaies etrangeres ne sont pas abondants, et il est pos- sible de considerer que cette region n'etait pas monetisee a un haut degre. Pour cela, on pourrait, et avec assez de vraisemblance, supposer qu'il ne s'agit pas d'une trou- vaille qui reflete le numeraire circulant dans sa region de decouverte. Aussi, toutes les deux denominations du depot, les stateres et les tetradrachmes, representent des valeurs importantes, et ne portent pas des fortes traces d'usure, ce qui a incite la supposition qu'il ne s'agissait pas d'un depot monetaire, mais d'un depot de metal precieux.18 Ces caracteristiques, ensemble avec son emplacement dans le perimetre des murailles, et avec l'eloignement de Rhizon, peuvent etre considerees, mais pas obligatoire- ment, comme des indices pour une chronologie du depot considerablement plus posterieure des arrets de frappe de deux types de monnaies du tresor. Une plus precise chro- nologie de Fenterrement doit, pourtant, rester ouverte.19 Litterature citee dans le texte : Babelon - Babelon E., Traite des monnaies grecques et romaines, vol. II/3 et II/4 (Paris 1914-1932) Bakhuizen 1987 - Bakhuizen S. C, The continent and the sea : notes on Greek activities in Ionic and Adria- tic waters, dans L'lllyrie meridionale et VEpire dans Vantiquite. Antes du Colloque international de Cler mont-Ferrand 1984, 4d. P. Cabanes, 185-194 (Clermont-Ferrand 1987) Beaumont 1936 - Beaumont R. L., Greek influence in the Adriatic Sea before the 4.th c.B.C., JHS 56, 159-204 (1936) Beaumont 1952 - Beaumont R. L., Corinth, Ambracia, Apollonia, JHS 72, 62-73 (1952) BMC 12 - Catalogue of Greek Coins in the British Museum, Vol. 12 : Corinth, Colonies of Corinth, Etc. (London 1889) Braccesi 1977 - Braccesi L., Grecita Adriatica - un capi- tolo della colonizzazione greca in Occidente (2e ed., Bologna 1979). Calciati 1990 - Calciati R., Pegasi, MI (Mortara 1990) Evans 1880 - Evans A. J., On some recent discoveries of Illyrian coins, NC 20, 269-302 (1880) Evans 1885 - Evans A. 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J.-C.; May 1939, 200, « apres 330 av. J.-C. », mentionnant indirectement la pre- miere guerre illyrienne comme un eventuel motif de 1'enterrement du depot, ce qui est probable. 114 D. UJES nal Museum, vol. 12 : Epiras - Acarnania (Copenha- gen 1943) Stazio 1982 - Stazio A., Considerazioni sulle prime forme di tesaurizzazione monetaria nell'Italia meri- dionale. Actes du 9me Congres Intern, de Numismati- que - Berne 1979, vol. I, 53-69 (Louvain-la-Neuve - Louxembourg 1982) Ujes 1993 - Ujes D., Le monete del Re Ballaios e della zecca Rhizonia al Museo nazionale di Belgrado, Numizmaticar 16, 5-35 (1993).
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