Le trésor monétaire de Risan (IGCH 391) - une contribution à l'étude de l'histoire économique de l'Illyrie du Sud moreL'Illyrie méridionale et l'Epire dans l'Antiquité III. Actes du 3e colloque international de Chantilly (1996), réunis par P. Cabanes (Paris, De Boccard, 1998), pp. 107-114. |
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Ancient Greek History, Numismatica, Ancient numismatics (Archaeology), Classical Archaeology, Ancient Greek Numismatics, and Greek Archaeology
L'lllyrie meridionale
et l'Epire dans l'Antiquite - III
Actes du III colloque international de Chantilly
(16-19 Octobre 1996)
reunis par Pierre CABANES
Tire a part
Publics avec le concoitrs du Ministere des Affaires Etrangeres,
In Ministere de VEducation nationale* de VEnseignement superieur et de la Recherche
et du Centre National de la Recherche scientifique
(GDR 1052)
DE BOCCARD
IK rue de Medicis - 75006 PARIS
DUBRAVKA UJES
Faculte de Philosophic, Universite de Belgrade
LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN (IGCH 391) -
UNE CONTRIBUTION A L'ETUDE DE L'HISTOIRE ECONOMIQUE
DE L'lLLYRIE DU SUD
Dans cet article, on va examiner le tresor monetaire
de Risan, Bouches de Kotor, Montenegro, connu sous le
numero 391 de IGCH. Etant un important temoignage
numismatique des contacts entre le monde grec et le lit-
toral de rillyrie du sud, cette trouvaille a ete citee plu-
sieurs fois, mais elle est restee incompletement connue.
Actuellement, il est possible de la traiter plus analyti-
quement, et de la reconsiderer sur la base de deux ele-
ments nouveaux : a) une partie du tresor, inedite jusqu'a
present, et b) des renseignements sur la presence et sur
les influences helleniques dans 1'Adriatique de Test et
dans son arriere-pays.
Plus precisement, le point de depart pour une analyse
est donne par des stateres du type corinthien, appartenant
a la partie du tresor conservee au Cabinet Numismatique
du Musee National de Belgrade.1 Ces monnaies seront
analysees ici ensemble avec 1'information sur les pieces du
meme type, deja preliminairement publiees apres la decou-
verte du depot, ce qui nous donne la base de la recherche.
Le point d'arrivee, qu'on desire ici, est de constater
des caracteristiques du tresor de Risan, et d'etablir la
place de cette trouvaille entre les autres nombreux tresors
de stateres du type corinthien.
Les donnees principales sur le tresor
Le depot en question a ete decouvert au debut de
l'annee 1927, sur les champs bas cotiers de Carine2. Le
tresor a ete mis au jour au cours de la construction d'une
scierie, situee au milieu des champs de Carine, a environ
un seul metre de profondeur, mais tout autre detail sur les
conditions de la trouvaille est, malheureusement, com-
pletement inconnu.
Le contenu originel comprenait trois cents monnaies
d'argent approximativement, qui se repartissent en deux
groupes : 1) environ deux cents tetradrachmes de Damas-
tion et d'autres ateliers dits illyro-peoniens, et 2) environ
cent pieces des stateres du type corinthien. Dispersees
immediatement apres la decouverte, les pieces du tresor
ont ete acquises par plusieurs collections privees et
publiques.3 Les monnaies de Damastion ont attire beau-
coup plus 1'attention, a cause de leur rarete, et parce qur
c'etait, en meme temps, la trouvaille la plus riche de ces
monnaies en general.4 Par contre, les stateres corinthiens
etaient relativement negliges, et on ne disposait a leur
sujet que d'une information sommaire5.
Catalogue
I - les stateres conserves au Musee national
de Belgrade
Du total de vingt-cinq exemplaires a notre disposi-
tion, les douze pieces conservees au Musee National de
Belgrade font un groupe sur lequel on dispose de Vinfor-
mation la plus complete. Les types de toutes les pieces
etant immuables : le Pegase au droit, et la tete d'Athena
1 - Je remercie Mme B. Boric-Breskovic, chef du Cabinet des
medailles, de m'avoir permis de publier les stateres en question; les sta-
teres ont ete enregistres sous le n° 1117 de l'lnventaire numismatique,
et ils ont ete achetes en 1929, ensemble avec une partie d'un autre depot
de Risan, contenant les monnaies hellenistiques en bronze, publie :
Ujes 1993, 5sqq.
2 - L'information contemporaine sur la trouvaille a ete donnee par
Klemenc 1936, et elle a ete repetee plusieurs fois : Horvat 1936, 29-30;
May 1939, 199-202; IGCH, no.391; Mirnik 1981, n°9; J. Klemenc et
B. Horvat, tous les deux collectionneurs, ont visite Risan immediatement
apres la decouverte du depot, et achete un certain nombre d'exemplaires.
3 - D'apres les citations de Horvat 1936, 40-50, et May 1939, pas-
sim dans le catalogue, les monnaies ont ete partagees entre au moins
huit collections, a cote de celle du Musee National de Belgrade.
4 - Les monnaies publiees d'ateliers illyro-peoniens : May 1939,
les 34 exemplaires au catalogue, et p. 199.
5 - Horvat 1936, 49-50, une liste de treize pieces; voir le Catalogue
ici, part II.
108
D. UJES
coiffee du casque corinthien au revers - on a cite seule-
ment les importants details iconographiques.
A - Corinthe
1. 7,86 g; 21,30 mm; 6.
D. Pegase bride, les ailes recoquevillees, volant a d.,
dessous Q (ou P).
R. petite tete d'Athena a dr. sans boucle d'oreilles, un
Q derriere la queue, disposee verticalement dans un
carre-creux.
cf. Ravel: III periode, transition de 457-415 av. J.-C,
2. classe, de 439 a 431 av. J.-C, n° 285, P 151 (152?), T
224.
2. 8,17 g; 22,00 mm; 2.
D. grand Pegase libre a d., l'aile parallele au corps, la
queue plus eloignee du corps, sans initiale.
R. un £ inverse derriere la tete d'Athena, devant dau-
phin plongeant.
cf. Ravel: IV periode, de 415 a 387 av. J.-C, XIV
serie, n°922, P375,T524.
3. 8,28 g; 21,30 mm; 10.
D. Pegase a g., les jambes anterieures tres relevees,
dessous Q.
R. tete d'Athena a g., derriere E et flambeau,
cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, lre serie
au E, n°993.
4. 8,34 g; 21,25 mm; 10.
D. Pegase a g., l'aile recourbee vers le haut, la queue
ondulee, dessous Q.
R. tete d'Athena a d., derriere N et aryballos.
cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie
au N, n° 1059.
- le revers fait montre des traces de double frappe par
les memes coins, visibles particulierement sur le casque
et sur le visage.
5. 8,14 g; 20,70 mm; 4.
D. meme Pegase.
R. meme tete a d. mais plus grande, derriere N, et un
canthare seulement partiellement visible.
cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie
au N, n° 1060.
6. 8,28 g; 20,10 mm; 7.
D. comme le precedent.
R. meme tete, mais plus petite a g., derriere N et tris-
kele de croissants dans un cercle.
cf. Ravel: V periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie
auN, n°1065.
LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN
109
B - les colonies de Corinthe
Dyrrhachion
7. 8,02 g; 21,40 mm; 2.
D. grand Pegase a d., dessous A peu visible.
R. tete d'Athena a d., derriere massue verticale (et un
tres petit A ?)
cf. BMC 12, Epidamnus-Dyrrhachium n° 10-11 (var.).
Cor eyre
8. 8,00 g; 20,55, 11.
D. Pegase aux ailes pointues, a d.
R. tete d'Athena ad., devant/KO/PKYPA; derriere
amphora.
cf. BMC 12, Corcyra, n° 1-2 var.
Grose, n° 5213, var.
Babelon II/4, Corcyre, n° 366-367.
SNG Cop. 12, n° 164 (memes coins?)
Anactorion
9. 7,87 g; 23,10 mm; 2.
D. Pegase a g., les ailes pointues et la queue ondulee,
dessous monogramme A + N.
R. tete d'Athena a g., derriere trepied-lebes.
cf. Grose, n° 5291, les memes coins.
- le revers concave; le bord endommage.
10.7,99 g; 21,75 mm; 7.
D. Pegase ad., les ailes pointues; dessous l'epi de
ble, sa tige a d.
R. tete d'Athena, coiffee du casque a panache, e g.,
devant le visage, ANAKTOPIQN; derriere, le symbole
n'est pas clair, peut-etre un trepied.
cf. BMC 12, Anactorium n° 13 pour le revers; pour le
droit il n'etait pas possible de trouver d'analogic
- voir le commentaire dans le texte sur cet exemplaire
particulier.
Leucas
11. 8,25 g; 22,45 mm; 9.
D. Pegase a d., 1' aile tres relevee, dessous A peu visible.
R. tete d' Athena a d.; derriere, A et un caducee vertical.
cf. BMC 12, Leucas n°57.
Grose no. 5344, le meme coin de revers.
Babelon II/4, Leucas n° 131.
SNG Cop. 12, n°346.
12. 8,05 g; 19,95 mm; 9.
D. Pegase comme le precedent.
R. tete d'Athena a d.; derriere, A et terme d'Hermes
ithyphallique a d., un caducee entre la terme et le casque
d'Athena.
cf. BMC 12, Leucas n°63.
Babelon II/4, Leucas n° 151.
110
D. UJES
Les plus nombreux sont les exemplaires frappes a
1'atelier corinthien (n° 1-6), mais la monnaie la plus inte-
ressante est une de deux monnaies d'Anactorion (n° 10).
Cette piece porte l'epi de ble sous le Pegase, et 1'inscrip-
tion integrate autour de la tete d'Athena. Les stateres du
type corinthien a ce symbole, qui est parfois accompagne
de la lettre A, etaient attribues a 1'atelier d'Ambracie, ou a
un « atelier inconnu ».6 La legende sur notre exemplaire
no. 10 indique clairement 1'atelier de cette monnaie qui
represente, a en juger d'apres la litterature disponible, la
piece unique. Etant isolee, elle ne peut pas resoudre la
question d'identification de 1'atelier dit« inconnu », mais
on est incite a supposer qu'il s'agit d'Anactorion.
II - les stateres publies en 1936
Le groupe des stateres deja publies comprend les
treize exemplaires de differents ateliers, sur lesquels on
ne dispose pas d'information plus precise, parfois non
plus de la description detaillee. L'identification primaire
d'un nombre d'exemplaires a subi certaines corrections;
les cinq exemplaires illustres n'ont pas ete nettoyes avant
d'etre photographies, ce qui rend leur attribution moins
eprouvee.
A - Corinthe
13. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena,
« du style archa'ique ».
- Horvat 1936, cat. n°l; pas illustre; identification
proposee : BMC 12, Corinth n° 17.
- la citation au BMC ne peut pas etre acceptee, parce
que le revers au numero propose ne correspond pas; on
suppose qu'une analogie plus proche peut etre trouvee a
la P. II/l-ll.
14. D. Pegase a g.; lettre indistincte.
R. la tete d'Athena a g., derriere thyrsos.
- Horvat 1936, cat. n° 12, illustre : T. II/3.
- 1'atelier dit « inconnu » peut etre defini d'apres la
photographie : cf. Ravel: V6 periode, de 386 a 307 av. J.-
C, 4e serie au T, n° 1025a le plus proche.
Babelon II/3, Corinthe n°564.
15. la description comme au precedent.
- Horvat 1936, cat. n°13, pas illustre; «atelier
inconnu ».
- cf. comme au precedent (?).
16. D. Pegase a g.
R. tete d'Athena a g., derriere la lettre N et Ares.
- Horvat 1936, cat. n°5, pas illustre; 1'identification
proposee : BMC 12, Corinth n° 375, est correcte.
cf. Ravel: Ve periode, de 386 a 307 av. J.-C, 8e serie
au N, n° 1056.
17. «tres proche du precedent, mais le symbole
indistinct».
- Horvat 1936, cat. n° 6, pas illustre.
cf. comme au precedent (?).
Corinthe, ou Dyrrhachion (?)
18. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena, A
derriere la tete de la deesse (le symbole n'est pas men-
tionne).
- Horvat 1936, cat. n°2, pas illustre; identification
proposee : Dyrrhachion.
- les stateres d'Epidamnos portent, le plus sou vent, le
A au droit; il est plus probable qu'il s'agit plutot encore
d'une piece de Corinthe, appartenant, d'apres Ravel, a la
V6 periode, 2e serie au A.
19. comme au precedent.
- Horvat 1936, cat. n° 3, pas illustre.
-1' identification comme au precedent.
B - les colonies de Corinthe
Dyrrhachion
20. D. Pegase.
R. tete d'Athena a d., « derriere A et massue ».
- Horvat 1936, cat. n°4, illustre : T. II/4; l'identifica-
tion proposee est correcte :
cf. BMC 12, Epidamnus-Dyrrhachium 10-11 var.
Ambracie (?)
21. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena,
« la lettre A au droit ».
- Horvat 1936, cat. n°7, pas illustre; identification
proposee : Anactorion.
- les stateres d'Anactorion porte normalement le
monogramme A + N au droit, et tres rarement un seul A.
Les stateres d'Ambracie portent le plus souvent une
seule lettre A sous le Pegase, ce qui nous incite a attri-
6 - L'epi de ble au dessous de Pegase est represente sur les stateres
du type corinthien de Syracuse, mais 1'inscription revele 1'atelier:
BMC 12, Syracuse 11, et Calciati 1990, Siracusa 15. Le symbole, fre-
quemment accompagne de la lettre A, est represente sur les stateres
attribues a Ambracie, ou a un « atelier inconnu », ou il est situe au
revers, derriere la tete d'Athena : BMC 12, Ambracia 62; Ravel 1928,
« l'atelier inconnu », 184, 191-192; Calciati 1990, Ambracia 127-129,
et « l'atelier inconnu » 440-441. L'epi de ble est represente sur les tri-
hemidrachmes et sur les bronzes de Corinthe : BMC 12, Corinth 321 et
428, et aussi sur les drachmes du type corinthien d'un «atelier
inconnu » : BMC 12, Uncertain Mints 17-18.
LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN
111
buer cette piece a 1'atelier d'Ambracie, mais sans
precision : Ravel 1928, passim.
Anactorion
22. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena,
« au revers, les lettres A et N en ligature; le symbole
indistinct».
- Horvat 1939, cat. n°8, pas illustre; identification
proposee : Anactorion.
- il est assez rare de ne pas trouver le monogramme
cite de meme au droit des stateres d'Anactorion, mais
1'identification semble acceptable.
Leucas
23. les types habituels au Pegase et a la tete d'Athena,
« au revers, A et hippocampe ».
- Horvat 1939, cat. n°9, illustre : T. II/5; 1'identifica-
tion proposee est correcte : cf. Imhoof-Blumer 1878,
Leukas n° 34.
24. D. Pegase a d.
R. la tete d'Athena a g., derriere A et caducee vertical.
- Horvat 1936, cat. n° 11, illustre : T. II/7; identifica-
tion proposee est BMC 12, Leucas n°51, mais plus ade-
quat est: cf. BMC 12, Leucas n° 56.
Babelon II/4, Leucas n° 131.
- le n° 11 de ce catalogue porte les memes symboles.
25. D. Pegase a d.
R. la tete d'Athena ad., derriere A et un symbole
indistinct.
- Horvat 1936, cat. n° 10, illustre : T. II/6; l'attribu-
tion a 1'atelier de Leucas est correcte, mais il n'est pas
possible de donner d'autre precision.
Du point de vue des ateliers representes, et aussi de la
structure chronologique, ce groupe est tres proche de
celui du Musee de Belgrade. Deux exemplaires anterieu-
rement attribues a Dyrrhachion, n° 18-19, appartiennent
plus probablement a la Ve periode du monnayage corin-
thien, et la piece n° 21 aux emissions d'Ambracie.
L'existence d'encore dix-neuf exemplaires de stateres
a ete signalee, mais 1'information est imprecise : les six
attribues a Dyrrhachion (?), les sept illisibles, et le reste
sans aucune definition.7 Ces monnaies, pourtant, ne peu-
vent pas etre incluses dans la discussion.
U analyse du depot
Bien que 1'information ne soit pas toujours complete,
les vingt-cinq stateres du depot sont disponibles pour une
analyse numismatique, ce qui fait pratiquement vingt-
7-Horvat 1936, 51.
8 - Horvat 1936, 49 et 51, souligne cette caracteristique, qui est
cinq pour cent du numeraire reporte de ce type de mon-
naies dans le tresor de Risan. Cependant, seulement
trente quatre pieces de tetradrachmes illyro-peoniens ont
ete examinees, ce qui represente environ onze pour cent
de leur quantite. Les exemplaires frappes a 1'atelier de
Corinthe dominent en entier, suivis par les cinq pieces de
Leucas, les trois d'Anactorion, les deux de Dyrrhachion,
et une piece chacune d'Ambracie et de Corcyre. Meme si
nous n'avons pas l'information complete concernant le
contenu originel du tresor, il parait que ces parties resi-
duelles montrent que, dans le tresor, le nombre de pieces
des ateliers mentionnes est approximativement en pro-
portion avec le volume estime de leurs emissions des sta-
teres du type corinthien.
L'etat de conservation des stateres n'est pas tres bon.
II est mentionne qu'il y avait des stateres « endommages
par l'usure et par la corrosion, et illisibles » (v. la note 7).
La corrosion a ete provoquee par l'humidite salee et par
les inondations saisonnieres du terrain de champs cotiers
ou le depot etait enterre. Le mauvais etat de conservation
a ete note dans tous les deux groupes de stateres, tandis
que les tetradrachmes ont subi moins de dommage.8
Cette constatation permet de supposer que 1'argent mon-
naye des stateres etait d'une qualite relativement plus
basse, certainement inferieure a celle du metal utilise
pour les teeradrachmes. La possibilite de comparer la
qualite des metaux est tres importante, et nous revien-
drons sur ce fait plus tard.
On peut noter que seulement l'exemplaire n°l,
appartenant aux emissions plus anciennes, porte des evi-
dentes traces d'usure. Le degre de frai d'autres exemplai-
res au Musee de Belgrade ne semble pas haut, ce qui est
perceptible meme quand les surfaces sont endommagees
par la corrosion, ou par le nettoyage tres fort; on peut
pourtant douter si cette caracteristique est due a certaine
selection a 1'occasion d'acquisition. Les photographies
d'exemplaires deja publies ne peuvent donner aucune
information sur l'usure.
Parmi les emissions representees dans le tresor, la
chronologie peut etre precisee seulement pour le mon-
nayage de Corinthe. Les plus nombreux sont les exem-
plaires de la 5e periode de Ravel, datee aux deux
dernieres decennies du 4e siecle av. J.-C. (n°3-6, 14-17,
probablement les n° 18-19 aussi); une piece est datee a la
4e periode (n° 2), et une, ou deux (n° 1, 13) a la troisieme,
datant de la fin du 5e s. av. J.-C. Une telle composition,
variee chronologiquement, n'est pas inconnue dans les
depots de stateres du type corinthien.
La comparaison des caracteristiques des pieces de
deux grands groupes de monnaies du tresor de Risan,
egalement evidente sur les exemplaires du Musee de Belgrade.
112
D. UJES
celui de stateres corinthiens, et de F autre, compose de
tetradrachmes illyro-peoniens, demontre certaines diffe-
rences, qu'on doit souligner :
1 - la difference quantitative entre les deux groupes
du tresor - un numeraire deux fois plus grand de pieces
d'origine illyro-peonienne, indique, dans un certain
mode, la predominance du monnayage provenant des
espaces interieurs des Balkans;9
2 - la difference de degre de la conservation des pieces
- en fait, la difference de resistance a la corrosion dans les
memes conditions, indique, en tout cas, une difference de
la qualite de metal. Cette caracteristique souligne la diffe-
rence essentielle entre les metaux monnayes de deux
groupes, et indique leurs origines diverses, ou, peut-etre,
les deux technologies, substantiellement differentes, de
preparation du metal brut pour le monnayage. C'est une
des plus importantes remarques, etant donne la supposi-
tion que 1' argent des mines de Damastion fut utilise pour
la production abondante des monnaies corinthiennes.10
3 - les differences de la chronologie - en ce qui con-
cerne la datation de la frappe, il apparait une certaine dif-
ference, d'autant que la frappe des monnaies de
Damastion du tresor est datee, d'apres May, entre c.350
et c.325 av. J.-C, c'est-a-dire, considerablement plus tot
que 1'arret de la frappe de stateres a 1'atelier de
Corinthe.11 Cette difference souligne la question de la
chronologie d'accumulation du tresor, comme, de meme,
d'autres aspects de sa thesaurisation. En rapport avec
cette question, on peut noter que les monnaies de tous les
deux groupes appartiennent aux emissions tardives de
leurs ateliers; ayant en vue la chronologie relative, il
s'agit d'emissions presque finales, ce qu'on remarque
clairement chez le groupe illyro-peonien dans les chan-
gements de style, de metrologie et de qualite de metal.12
Les circonstances de la trouvaille dans de plus amples
cadres, c'est-a-dire, des aspects externes de 1'analyse
numismatique, donnent aussi des informations importan-
tes pour 1'analyse du tresor.
La localite de Carine, ou le tresor fu decouvert, est
bien connue d'apres des trouvailles frequentes des mon-
naies de l'epoque antique; selon des temoignages
archeologiques, la se trouvait la partie principale de la
ville antique de Rhizon-Risinium. L'emplacement du
lieu de la decouverte du tresor est, en effet, la zone stric-
tement urbaine, localise dans le perimetre des murailles
datant, le plus probablement, du 4e siecle av. J.-C.14
L'enterrement d'un depot monetaire a l'interieur de la
zone habitee d'un centre indigene trouve des analogies,
par exemple, en Sicile, mais dans une periode plus
ancienne.15
Dans les cadres geographiques plus amples, la posi-
tion de 1'ancienne ville de Rhizon etait, pendant l'anti-
quite, assez convenable, ce qui donne des indices sur la
question : comment les monnaies de deux grandes grou-
pes sont arrivees au lieu de leur enfouissement. Situee au
fond d'une rade profonde, la ville servait d'un bon port
protege, et ce n'est pas fortuit, que le Sinus Rhizonique a
deja ete mentionne par le « Periple » de Pseudo-Scylax
(Ps. Scyl. 24,25). La ville se trouvait, aussi, a la tete de la
route continentale menant a l'interieur, a l'arriere-pays
montagneux, et encore plus loin, aux regions interieures
de l'lllyrie du Sud.16 Une telle position a permis a
Rhizon de devenir le port d'echange, ou 1'affluence de
monnaies des ateliers eloignes etait possible.
Relativement a la diffusion de depots monetaires con-
tenant des stateres du type corinthien, le tresor de Risan
appartient a la zone des regions adriatiques et de la Grece
du nord-ouest. Dans les cadres de cette zone, le depot a ete
decouvert a la porte la plus eloignee au nord, et il apparait,
etant donne la position de Rhizon et sa fonction presuppo-
see de marche, que le tresor en question unit, en quelque
maniere, les bouts de deux voies de communications - une
continentale, et 1'autre, maritime. Excepte Corinthe, tous
les ateliers representees dans le depot sont situes le long de
la cote ionienne jusqu'a Dyrrhachion au nord, suivant la
route maritime vers l'Adriatique du nord, ce qui reflete,
sans doute, des activites de Corinthe et de ses colonies. On
est incite a penser tout d'abord a Corcyre, comme a un
probable transporteur et transmetteur de stateres du type
corinthien vers l'Adriatique du nord.17
Quels pouvaient etre les facteurs particuliers qui ont
fait parvenir jusqu'a Rhizon les monnaies de deux
groupes ? II n'est pas possible de les determiner - ils pou-
vaient etre d'origine commerciale, comme de meme
9 - May 1939, 201, a suppose que la ville de Damastion avait une
forte influence commerciale dans les regions cotieres, et que ses mon-
naies rivalisaient avec la presence et 1'utilisation des stateres du type
corinthien; cette supposition est tres peu acceptable, ayant en vue la
dispersion et les caracteristiques de monnaies de Damastion.
10 - Beaumont 1936, 181-184; May 1939, VIII-IX, 2-3.
11 - May 1939, 199.
12-May 1939, 199-200.
13 - Sur la frequence des trouvailles monetaires, et d'autres trou-
vailles archeologiques sur les champs de Carine : Evans 1880, 270;
Evans 1885, 39-40; Richly 189^50-151; Ujes 1993, 6-7; les resultats
des fouilles effectuees en 1988-1989 par l'lnstitut regional de protection
des monuments historiques des Bouches de Kotor, ne sont pas encore
publies (les fondations de maisons, avec beaucoup de ceramique des 4e-
2e s. av. J.-C, dont la plupart est hellenisee ou d'origine grecque).
14 - Evans 1885, 40; Richly 1898, 146-147; il est possible de faire
une comparaison avec des remparts des villes grecques et illyro-grec-
ques des littoraux orientaux adriatique et ionien, particulierement ceux
de Lissos, Chimara (Chaonie), Amantia et Bouthrotos : Beaumont
1952, 69sqq, chronologie 72.
15 - Stazio 1982, 55, 59, 63-64.
16-Parovic 1980, 29-30.
17 - Sur les activites de Corcyre : Braccesi 1977, 102sqq; Kiehle
1979, 177-179, 183-185; Bakhuizen 1987, 190-191.
LE TRESOR MONETAIRE DE RISAN
113
militaire; les mecanismes de diffusion pourraient bien
etre indirects, ou secondaires.
Dans la region cotiere de l'lllyrie, dans laquelle est
situee la ville de Rhizon, en ce temps la, il n'y avait pas
d'atelier local. Meme les temoignages de la diffusion de
monnaies etrangeres ne sont pas abondants, et il est pos-
sible de considerer que cette region n'etait pas monetisee
a un haut degre. Pour cela, on pourrait, et avec assez de
vraisemblance, supposer qu'il ne s'agit pas d'une trou-
vaille qui reflete le numeraire circulant dans sa region de
decouverte. Aussi, toutes les deux denominations du
depot, les stateres et les tetradrachmes, representent des
valeurs importantes, et ne portent pas des fortes traces
d'usure, ce qui a incite la supposition qu'il ne s'agissait
pas d'un depot monetaire, mais d'un depot de metal
precieux.18
Ces caracteristiques, ensemble avec son emplacement
dans le perimetre des murailles, et avec l'eloignement de
Rhizon, peuvent etre considerees, mais pas obligatoire-
ment, comme des indices pour une chronologie du depot
considerablement plus posterieure des arrets de frappe de
deux types de monnaies du tresor. Une plus precise chro-
nologie de Fenterrement doit, pourtant, rester ouverte.19
Litterature citee dans le texte :
Babelon - Babelon E., Traite des monnaies grecques et
romaines, vol. II/3 et II/4 (Paris 1914-1932)
Bakhuizen 1987 - Bakhuizen S. C, The continent and
the sea : notes on Greek activities in Ionic and Adria-
tic waters, dans L'lllyrie meridionale et VEpire dans
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Evans 1885 - Evans A. J., Antiquarian Researches in Illy-
ricum, l-llArchaeologia 48-49 (Westminster 1885)
Horvat 1936 - Horvat B., Die Tetradrachmen von
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Kiehle 1979 - Kiehle F. K., Korkyra und der Handelweg
durch das Adriatische Meer im 5.Jh.v.Chr., Historia
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lawien 1910-1936, Numismatika 2-4, 124-133
(Zagreb 1934-1936/1936/)
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19 - Horvat 1936, 48, a propose renterrement c.330 av. J.-C.; May
1939, 200, « apres 330 av. J.-C. », mentionnant indirectement la pre-
miere guerre illyrienne comme un eventuel motif de 1'enterrement du
depot, ce qui est probable.
114
D. UJES
nal Museum, vol. 12 : Epiras - Acarnania (Copenha-
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Stazio 1982 - Stazio A., Considerazioni sulle prime
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