« Louis Savot, la modernité d'un regard novateur » moreEuropäische numismatische Literatur im 17. Jahrhundert, Wolfenbütteler Arbeiten zur Barockforschung 42, symposium edited by Christian Edmond Dekesel, Wolfenbüttel 2005, p. 59-67 |
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Louis Savot, Antiquarianism, Renaissance antiquarianism, Antiquarianism in the seventeenth century, Rare Books and Manuscripts, Roman numismatics and archaeology, Numismatics, Ancient Roman Numismatics, Ancient numismatics (Archaeology), Art History, History of the Book, and Roman antiquarians
HADRIEN RAMBACH
Louis Savot, la modernite d'un regard novateur
Nous ne traiterons pas ici de ce qua ecrit Savot, mais de ce dont il a traite: en effet, comme
d'ordinaire pour les ouvrages anciens, le contenu numismatique du Discours sur les medalles an-
tiques de 1627 est depasse. Nous nous demanderons done plutot quelle evolution il a provoquee
dans la numismatique, et quelle place lui revient dans l'histoire de cette science.
Les biographes connaissent mal Louis Savot: il nous a done fallu nous mettre a la recherche
d'informations sur sa vie.
Des elements peuvent etre trouves dans les dictionnaires biographiques, generalistes ou spe-
cialises, et dans la correspondance de l'epoque.
La principale source d'information pour celui qui s'interesse a Savot est une courte biogra-
phie par Francois Blondel (1626-1686) dans son "avant propos" a L'Architecture franqoise en 1673.
Le seul a ne pas avoir repris les informations de Blondel est le medecin et bibliophile Achille
Che'reau (1817-1885)1, qui donne des informations contradictoires sur la base d'un manuscrit
d'epoque.
Nous avons retrouve ce manuscrit, l'un des deux manuscrits contemporains2 conserves a la
bibliotheque inter-universitaire de medecine de Paris dans lesquels on trouve des informations
sur Louis Savot. Par ailleurs, la bibliotheque Mejane d'Aix en Provence dispose de la repro-
duction d'un echange epistolaire sans grand interet entre Nicolas Fabri de Peiresc (1680-1637) et
Louis Savot. Et la bibliotheque de Dijon a une biographie par Jacques Denizot (1821-1915), mais
elle contient les memes informations que l'ouvrage de Courtepee (1721-1781)3.
1 Ame'dee Dechambre (1812-1886), Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales, tome sept de la troisieme serie, Paris
(G. Masson & P. Asselin) 1879, pages 134-135, notice par Achille Chereau (1817-1885)
2 Les manuscrits de la bibliotheque inter-universitaire de Medecine qui nous concernent sont le manuscrit 9 (Comment aire
de la Faculte de medecine de Paris, 1597-1604, feuillets 469 verso, 470 recto et 471 recto-verso) et le manuscrit 2103 [Dic-
tionnaire des medecins de Paris ou Schola medica Parisiensis, pages 385-392, par Jacques Mentel (1597-1671)].
Le manuscrit 1365 de la bibliotheque de Dijon renferme quatre pieces genealogiques rassemblees par le baron Raoul de
Juigne sur la famille Savot, mais elles sont datees de 1773-1774 et concernent l'heritage de Franchise Forestier, veuve de
Jacques Savot seigneur d'Ogny. Le manuscrit 1457 (feuillet 221), les Fatras genealogiques de Raoul de Juigne, presente le
texte suivant: "Guillaume Nicolas Savot sgr d'Ogny (fils de Zacharie Savot, greffier alternatif des Etats de Bourgogne en
15%), gouverneur de la Cbancellerie de Bourgogne, requ en la charge de maitre des requetes de la reine Marie de Medicis
14 avril 1624, pere de Vincent, president en la Ckambre des Comptes 1660, mort revetu de cette charge le 2 sept, 1663...
institua pour son heritier Jacques Savot son fils Quant au manuscrit L.944.42.DEN, par Jacques Denizot (1821-1915),
e'est une Encyclopedic de la Cote d'Or: essai de dictionnaire geographique, historique et archeologique du departement
commencee en 1866.
Le manuscrit 1337 de la bibliotheque de la Sorbonne ("De Farchitecture du sieur Savot, medecin du Roy et de la Faculte de
Paris") n'est pas une ceuvre autographe mais seulement une copie anonyme du XVTIIeme siecle.
La correspondance Savot/Peiresc est le manuscrit 212 de la bibliotheque Mejanes a Aix en Provence.
3 Claude Courtepee (1721-1781), Description ... du duche de Bourgogne, 2ime edition augmentee: Dijon (V. Lagier) 1847-1848,
volume 4 sur 7, page 107 (premiere edition: Dijon, N.-L. Frantin, 1774-1785, 6 volumes)
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Hadrien Rambach
Louis Savot naquit a Saulieu, aux alentours de 15794, et mourut en 1640. La majorite des
sources biographiques le fait naitre dans une famille de condition modeste, et le fait mourir dans
le plus grand denuement. Pourtant, un document peu contestable lui attribue une maison rue
Neuve-Notre-Dame a Paris en 1605 et la commande de cheminees pour une somme conse-
quente5. Et par ailleurs, selon le manuscrit de la Faculte de Medecine, Savot serait noble, fils de
lettre, et parent de Pierre Jeannin et de Simon Nicolas6; il serait meme mort dans la maison de ce
dernier. Toutes les autres sources, en revanche, le font mourir a Paris chez son ami Rene Moreau
(1587-1656). Selon ce manuscrit, Savot aurait ete enterre en l'eglise de Saint-Germain-l'Auxerrois,
ou son epitaphe serait reste'e lisible jusqu'au XVIIIe siecle7: on peut s'etonner que, malgre sa
pauvrete, Savot ait ete enseveli dans une eglise si "mondaine", mais il est vrai qu'il y aurait rejoint
son ami et mecene l'abbe de Saint-Quentin de Beauvais, et que les frais d'enterrement pouvaient
avoir ete assumes par un ami.
Nous ne disposons pas de portrait de lui8, pas plus que de medailles a son effigie9. Il aurait ete
simple et vertueux10. Ses etudes en Sorbonne indiquent que Savot, comme la majorite des
Parisiens, etait de confession catholique, mais nous ne disposons que de tres rares indications sur
ses convictions religieuses.
4 Joseph Petit ("Louis Savot", Bulletin de ['Association des Amis du Vieux Saulieu, 1987, pages 3 a 8) n'est pas parvenu a
trouver d'acte de naissance de Savot lorsqu'il consulta en 1987 les Archives departementales et les registres paroissiaux et
diocesains. En fait, la date de 1579 ne provient que des suppositions de Francois Blondel (1626-1686), a partir d'un calcul:
Savot, reiju bachelier en 1604, devait alors avoir au moins 25 ans, et done etre ne vers 1579; mais un tel calcul ne peut etre
qu'indicatif: nous savons en effet que Savot fit ses etudes de medecine avec Guybert et Bouvard, et si le premier est bien
ne vers 1579, le second en revanche est ne en 1572.
5 Le minutier central reporte a la date du 25 aout 1605 un "Marche entre Bertrand Normain, maitre sculpteur, demeurcmt
rue de la Vieille-Tisseranderie, et Louis Savot, bachelier en la faculte de medecine, demeurant rue Neuve-Notre-Dame, pour
cinquante pieces de marbre de diverses couleurs, des dimensions portees sur les deux dessins etablis entre les parties, pour
la garniture de deux cheminees. Les marbres devront etre tallies, polis et mis en des caisses fournies par ledit Savot, au
Careme prochain, moyennant 4} livres dont 22 livres payees comptant". A titre de comparaison, le loyer paye par
Normain pour sa maison sise au coin de la rue du Mouton, etait de 300 livres par an (bail du 16 juillet 1605, montant
passe a 380 livres tournois dans le bail du 7 avril 1615). Voir Marie-Antoinette Fleury, Documents du minutier central
concernant les peintres, les sculpteurs et les graveurs au XVIIe siecle, Paris (Sevpen) 1969, pages 512-513.
Par ailleurs, selon le manuscrit de la Faculte de medecine, Savot aurait eu ses propres armes, auxquelles figureraient trois
papegaulx (statues d'oiseaux qui renvoient a d'anciens jeux d'arbalette sous les dues de Bourgogne). En effet, Raoul de
Warren, dans le Grand Armorial de France, decrit les armes de "Savot, seigneur d'Ogny" (d'or a trois merlettes de sable),
et ces dernieres armes furent confirmees par Aubert de La Chenaye-Desbois.
6 La bibliotheque nationale de France conserve en effet plusieurs factums des anne'es 1615-1620 qui associent Simon
Nicolas a une famille Savot. En revanche, nous n'y avons rien retrouve qui permette d'y Her notre auteur.
7 II est vrai que des epitaphes disparurent entre le XVIIIe et le XIXe siecle, puisque l'eglise fut modifiee au cours du XVIIIe
siecle, avant d'etre vandalisee durant la Revolution, puis d'etre saccagee en 1831. Mais, Savot ne figure pas parmi les 190
\ epitaphes cataloguees par Andre Lesort et Helene Verlet (Histoire generate de Paris. Epitaphier du vieux Paris. Tome V:
Saint Germain VAuxerrois, Paris, Imprimerie nationale, 1974).
Francois-Olivier de Fontenay (1581-1636) fut enterre' aupres de son grand-pere, le chancelier Francois Olivier, seigneur de
Leuville (1497-1560), dans la chapelle de l'Annonciation, egalement appelee de la Visitation.
Quant a Guy Patin (1601-1672), il fut enterre a Saint Germain l'Auxerrois aux frais de l'academicien Francois Charpentier
(1620-1702).
8 Nos recherches ont ete infructueuses, et Peter Berghaus ne connait pas non plus de gravure qui represente Savot.
9 Ou du moins Anthony Durand n'en avait pas retrouvee lorsqu'il publia ses Medailles et jetons des numismates en 1865 a
Geneve.
10 Blondel indique que "quant a sa personne & a ses mceurs, il avoit un air simple, bas & melancolique; d'ailleurs il etoit
homme de bien & considere pour sa vertu". Claude Courtepee (1721-1781) precise que "I'amour de I'etude fut la seule
passion dont son dme fut occupee; il regardait comme perdu tout le temps qu'il ne lui consacrait pas"10, et il rajoute une
etrange precision: "Savot retira de bonne heure son ame de la presse, selon le conseil de Montaigne: il sut disparaitre de
dessus la scene quand les infirmites commencerent a I'y rendre inutile; il mourut comme il avait vecu, pauvre et vertueux
[...]. L'independance dont il faisait profession, lui fit refuser plusieurs places avantageuses; elle nuisit a sa fortune et ne put
nuire a sa reputation' (pp. cit.). Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) avait effectivement ecrit que "la maturite a ses
deffaux, comme la verdeur, et pires: Et autant est la vieillesse incommode a cette nature de besongne, qua toute autre.
Quiconque met sa decrepitude soubs la presse, faict folie, s'il espere en espreindre des humeurs, qui ne sentent le disgratie, le
resveur et I'assoupy. Nostre esprit se constipe et s'espessit en vieillissant" (Essais, livre III, chapitre XII "de la physionomie").
Louis Savot, la modernite d'un regard novateur
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DISCO V RS
S V R L E S
MEDALLES
ANTIQVES
DIVISE' EN QVATRE PARTIES.
£ S CtV E L L E S I L
si les MEDALLES
monnoycs . dc ieur rvucierc
valeur qu'cllcs pcuuentauoi
tares ou communes, antiqu
contrefattcs ou moulees: v£
plufieurs autre
; T T R A I C T E
iqves estoi1nt
r noids: dc leur ptix; dc 1*
ird'huy,felon qu*e!les forte
mane !cs
noyes, Jes mctaux , les mmeraux , les mclures 8c poids an-
tiques: Commcon lc pourra voir plus implement par ia Ic-
duredc la Table des Chapitres.
Par I
,Lo vis
A PARIS,
Chez Sebastien C r a m o i s v, rue fa:nc\Iic<jucsr
3,ux v»» ico i^ocs.
m. dc. x x 'Til.
tAVZC THIylLEC £ DV M.0'
Savot vint a Paris a la fin de sa scolastique. II fut regu maitre en chirurgie, puis eftudia la mede-
cine11. II fut admis au baccalaureat en 1604, et soutint ses theses en 1609. Apres sa licence en
1610, il renonca a la profession, mais fut pourvu d'une charge de medecin du roi de France Louis
XIII, puis - a sa mort - de son fils. Il n'est pas certain qu'il ait exerce: La Mothe Le Vayer indique
que Savot accusait la pratique de la medecine de n'etre que conjectures. De quoi alors vivait-il?
Konig12 indique que Savot aurait ete enseignant a la Faculte de Medecine de Paris: nous n'en
avons pas trouve de confirmations.
11 Parmi ses compagnons d'etudes qui obtinrent le baccalaureat a Paris en meme temps que Savot figure Charles Bouvard
(1572-1660), futur archiatre; et e'est a Foccasion de la licence que Savot rencontra celui qui allait devenir Fun de ses
meilleurs amis: Philibert Guybert (c.1579-1633). Si, comme nous le crayons, Savot a ete nomme en 1610, il a Fetrange
particularite d'avoir ete nomme medecin du roi Funique annee durant laquelle trois archiatres se sont succedes: N. Petit,
Pierre Milon, et Jean Heroard (1551-1628). Remarquons que ce dernier ne semble pas avoir evoque Savot dans son
Journal, ce qui laisse envisager que Savot n'ai guere frequente le roi, malgre sa charge de medecin du roi.
12 Georg Matthias Konig, Bibliotheca vetus et nova, Altdorf (Wolffgang Mauritius & Johann Andrea Endterorum) 1678,
page 727
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Hadrien Rambach
Savot publia deux ouvrages medicaux, et le Discours sur les medalles de 1627 reflete I'interet
constant de Savot pour la medecine: il y etudie en effet les usages medicinaux des mineraux, ainsi
que les unite de poids en medecine; il y fait egalement plusieurs fois allusion au livre sur la
saignee de Galien qu'il avait traduit durant ses etudes.
On presenterait aujourd'hui comme un chercheur ce medecin interesse par la science medi-
cale plus que par l'exercice de sa profession. C'est le meme souci du savoir qui oriente Savot vers
d'autres sciences. Ainsi il se consacra egalement a la mineralogie: sa collection de fossiles etait
l'une des plus importante de France. Il ecrivit aussi sur la couleur.
Architecte et antiquaire, Savot s'interessait tout specialement a la sculpture: en 1614-1615, a
l'occasion de l'erection d'une statue monumentale d'Henri IV sur le Pont-Neuf, il s'interroge sur
l'origine des statues, et trouve legitime que les statues des dieux et des princes soient plus grandes
que nature.
Son Architecture francoise de 1624 est un guide des prix et coutumes, destine a permettre au
public de se dispenser du recours aux architectes13, et il s'inscrit done dans les traites pour parti-
culiers qui se developpent a partir du XVIe siecle. Contrairement aux ouvrages de ses predeces-
seurs, le livre de Savot n'est pas illustre. Mais, ce qui est etonnant, ses exigences excessives ne
semblent s'adresser qu'a une elite. Ses recommandations sont impossibles a mettre en oeuvre, et
on ne connait aucun batiment qu'il ait concu: pas plus qu'en medecine, Savot ne semble habite
par le souci de mettre en pratique ses connaissances.
De Savot, nous garderons le souvenir d'un homme curieux des realites du monde, et exigeant
dans ses transactions pour parvenir a accroitre ses collections14.
Collectionneur de monnaies, auteur d'un Discours sur les medalles, et correspondant de
Peiresc, Savot peut indiscutablement etre compte parmi les numismates du XVIIe siecle15.
13 Blondel re'suma de facon amusante les motivations qui pousserent Savot a re'diger ce livre: "ce qui me fait conjecturer que
ces sortes d'etude I'ayant fort attache a la lecture de Pline I'bistorien, les derniers Chapitres de son histoire naturelle
I'engagerent insensiblement a lire Vitruve, & ensuite les autres Auteurs qui out traite de I'Arcbitecture. Par ce moyen il se
rendit tres-habile dans la science des Bdtimens, & il fut touche de douleur en voyant le mauvais traitement que quelques
Ouvriers, ou par ignorance ou par malice, faisoient tous les jours a ceux qui etoient obligez de passer par leurs mains.
Cette raison le porta par un esprit de charite a composer ce Livre de I'Arcbitecture Francoise, qu'il fit imprimer en I'annee
1664 (sic), sans doute a dessein de donner au public assez de connoissance du detail des bdtimens, pour s'empecber a
I'avenir d'etre si facilement trompe". Ses predecesseurs principaux furent: Jacques Ier Androuet du Cerceau (1544/47-
1590), Livre d'architecture contenant les plans et dessaings de cinquante bastimens tous differents pour instruire ceux qui
desirent bastir, Paris 1559; Philibert de l'Orme (c.1515-1570), Nouvelles inventions pour bien bastir et a petits fraiz, Paris
(F. Morel) 1561; et Pierre Le Muet (1591-1669) dont l'ouvrage, Maniere de bastir pour touttes sortes de personnes (Paris
1623), presente pres d'une quinzaine de plans de maisons, complets et differents, et est Tun des premiers a avoir
reellement ose s'affranchir de Vitruve. En apparence l'ouvrage architectural de Savot est destine au plus grand nombre,
afin de lui permettre d'economiser le recours a un architecte. Ce "concept", indique Blondel, "porta quelque temps apres
un de ses nteilleurs amis, & son compagnon de Licence, appele Mr Guibert, a composer le Medecin Charitable, pour donner
aux pauvres' le moyen de se passer des remedes des Apoticaires". En fait, la veracite de l'affirmation de Blondel est
hautement douteuse puisque Philibert Guybert (c.1579-1633) publia pour la premiere fois son Le Medecin charitable,
enseignant la maniere de faire et preparer a la maison avec facilite et pen de frais les remedes propres a toutes les
maladies, selon I'avis du medecin ordinaire en 1623 a Paris chez Jean de Bordeaux: il semble done que l'affirmation de
Blondel soit erronee. De plus, le gout de Savot est grandiose: en fait, peu de maisons a Paris correspondent aux desirs de
Savot: Jean-Pierre Babelon (Demeures parisiennes sous Henri IV et Louis XIII, edition corrigee, Paris 1991) ne signale que
le palais du Luxembourg et les hotels de La Vrilliere, de Senneterre et de Thevenin ...
14 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637) connaissait Savot. II lui a envoye plusieurs courriers (notamment une lettre
debut fevrier 1633, et une autre le mois suivant) et estimait etre apprecie de lui. II evoque son cabinet dans ses lettres a
Denis Guillemin, ainsi que les transactions lors desquelles Savot a vendu des tronjons d'epees et de mineraux, mais
semble craindre les tarifs pratiques par ce dernier, qui se plaignait pourtant de ses difficultes financieres.
15 Dans son article sur Abraham Ortelius (1527-1598), dans l'ouvrage dirige par Pierre Cockshaw et Francine de Nave
[Abraham Ortelius (1527-1598). Cartographe et humaniste, Bruxelles & Anvers, Bibliotheque Royale de Belgique &
Musee Plantin-Moretus, 1998, pages 181 a 192], confronte a la difficulte de qualifier de numismate un auteur connu dans
un autre domaine (la cartographie en l'occurrence) Dekesel donne trois criteres qui permettent de qualifier une personne
de numismate: le fait qu'une personne collectionne les monnaies, qu'elle ecrive sur les monnaies, ou qu'elle corresponde
avec des numismates.
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Pour un lecteur du XXeme siecle, son ouvrage numismatique n'est pas exempt de defauts. II a
commis quelques erreurs comme reprendre a St Isidore de Seville (560-636) et a Cedrenus (Xle
siecle) que "ce mot numus, qui signifie monnoye, est tire du nom du Roy Numa, farce qu'il fit
imprinter son nom & la figure dans Id monnoye" (page 3). Parfois aussi, il reste a mi-chemin entre
verite et erreur. Ainsi, s'il s'est laisse tromper par les medailles d'Othon, il a eu la prudence
d'indiquer en page 378 que ces bronzes sont les monnaies romaines les plus rares16: on peut done
faire Thypothese qu'il n'en avait jamais vus. D'ailleurs, il serait trop facile d'ironiser en invoquant
les quelques numismates qui avaient deja devoile la supercherie des faux bronzes d'Othon17:
quarante ans plus tard, Charles Patin (1633-1693) lui-meme les defendait encore, avec des
arguments dignes de ceux du baron de Pina un siecle et demi apres.
Pourtant, les articles savants actuels qui evoquent Savot18 choisissent plutot de souligner sa
lucidite face aux faux et a l'invention numismatique: il consacra ainsi le" chapitre IV-4 aux faux
modernes et aux moyens de les reconnaitre19! Si Savot continue de se referer aux classiques et a
ses predecesseurs, il ose ecrire que faux et erreurs existent20, et que tout document, quelle qu'en
soit l'autorite apparente, doit etre analyse de facon critique. Son esprit critique est a noter aussi
lorsqu'il prend position contre les alchimistes, alors que l'alchimie restait tres courante au XVIIe
siecle, et que de nombreux livres paraissaient a ce sujet21. La modernite de Savot se decele des le
chapitre 1-5 qui evoque pseudo-monnaies et monnaies primitives: on peut considerer que Savot
de'passe la numismatique comme "science des monnaies" pour prefigurer une "science de la
monnaie".
16 "Sa medalle est la plus rare de toutes en cuivre: en or elle est assez rare, & pen en argent", page 378
17 Antoine Schnapper, Le geant, la licorne, et la tulipe. Collections et collectionneurs dans la France du XVIIe siecle, volume
I: Histoire et histoire naturelle, Paris (Flammarion) 1988, en page 152, evoque cette querelle d'experts. II indique comme
etant en faveur de F authenticity des bronzes d'Othon les auteurs Johannes Sambucus (1531-1584), Jacques de Strada
(1505/1515-1588), Hubert Goltz (1526-1583), Pierre Seguin (Selecta numismata, antiqua ex museo Petri Seguini, Paris
1665) et Louis Savot (c.1579-1640). En revanche, Enea Vico (1523-1570), Claude-Francois Menestrier (1631-1705), Adolph
Occo (1524-1606), Antonio Agustin (1517-1586), Sebastiano Erizzo (1525-1585), Jean Tristan de Saint Amand (1596-1656)
et Francesco Angeloni (1594-1652) (L'Historia Augusta da Giulio Cesare a Costantino il Magno, Rome 1641) n'auraient
pas vu les medailles en question. Enfin Pierre Antoine Rascas de Bagarris (1562-1620) dans sa Necessite de I'usage des
medailles dans les monoyes (Paris 1611), Antoine Le Pois (1525-1578) dans son Discours sur les me'dalles et graveures
antiques, principalement Romaines (Paris 1579) et Henri Thomas Chiflet dans sa Dissertatio de Othonibus aereis ...
(Anvers 1656) les auraient jugees fausses.
L'authenticite de ces bronzes est defendue par Charles Patin (1633-1693) dans son Introduction a I'Histoire par la connois-
sance des medailles en 1665, page 228.
Au XlXeme siecle, Jean-Francois Calixte de Pina (1779-1842) decrivit une monnaie de bronze d'Othon (Imp. M. Otho.
Caes. Aug, sa tete lauree; SC, dans une couronne de laurier), dans le Catalogue raisonne de son propre cabinet de medail-
les (manuscrit R.7181 de la Bibliotheque municipale de Grenoble). II qualifia cette monnaie de tres rare (RRR ecrivit-il),
tout en relevant que "toutes les autres Medailles de Bronze de cet Empereur avec legende latine sont reputees fausses''.
18 Par exemple, Jean-Baptiste Giard, "Critique de la science des monnaies antiques" (Journal des savants, juillet-septembre
1980, page 231) et "Inventions et recreations numismatiques de la Renaissance" (Journal des savants, juillet-septembre
1974, page 194)
19 Dans ce chapitre intitule "De diverses sortes de medalles modernes & moulees: Et des moyens de les recognoistre" Savot
distingue les monnaies frappees sur un flan antique, de celles frappees sur un flan modeme, de celles moulees sur une
monnaie antique, et de celles moulees sur une monnaie moderne.
20 Le quatrain que Pierre Hommetz du Tot redigea en 1665 "pour le Livre de [son] cher amy & allie, Monsieur Patin" est
revelateur du credit sans limite accorde aux monnaies jusqu'au XVIIe siecle, malgre les efforts de Savot et de quelques
autres: "Pour separer le vray d'avec le faux, / Et ne confondre pas Vhistoire avec la fable; / Le secret est indubitable, / Il
faut s'en rapporter a la foy des metaux". Sur la valeur historique des temoignages antiques, consulter le chapitre II ("The
controversy of the 17th and 18th centuries on the value of historical evidence", pages 295 a 307) de l'article de Arnaldo
Momigliano (1908-1987), "Ancient history and the antiquarian" (Journal of the Warburg and Courtauld Institute 1950).
21 Savot etait done particulierement ose et novateur en s'attaquant a eux des 1627, au point d'oser conclure, en page 119
apres une rapide etymologie du mot alchimiste, que "ce mot Alchymiste, selon la meilleure origine par Vauthorite du plus
grand partisan de I'Alchymie /Libavius = Andreas Libau (c.1560-1616)/, ne signifie autre chose a proprement parler qu'un
faiseur de faux or, & en suite de faulse monnoye".
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Hadrien Rambach
Par un artifice rhetorique qui consiste a s'appuyer sur l'oeuvre d'Erizzo pour mieux le
contredire, Savot prend parti dans la vieille querelle entre Enea Vico (1523-1567) et Sebastiano
Erizzo (1525-1585) au sujet de l'usage des "medailles" antiques: dans ses Discorsi de 1555, Vico
avait en effet ecrit que les medailles a l'effigie imperiale avaient ete utilisees comme monnaies, et
Erizzo s'etait oppose a cette idee. Savot rehabilite done Vico. Mais la polemique se prolongea
bien au-dela de Savot, puisque Poinsinet de Sivry (1733-1804)22 soutient encore que les monnaies
romaines ont commence a porter l'effigie des empereurs avec Alexandre Severe ...
Le plan adopte par Savot resulte d'un strict raisonnement scientifique: apres avoir prouve que
les medailles antiques etaient des monnaies, et apres avoir etudie les materiaux qui les com-
posent, il s'interesse a leur valeur antique, avant d'aboutir a la partie la plus moderne du livre,
1'expose de la rarete de ces monnaies de collection.
Savot parle de la rarete des monnaies sans malheureusement jamais chiffrer leur valeur: il
indique seulement que les monnaies de bronze sont les plus couteuses de toutes. A cette occasion
il distingue trois moments dans la connaissance numismatique: la determination de "'leur matiere
& leur poids \ la comprehension de ce qui est inscrit ou represente, et l'estimation de la valeur
des monnaies; Savot precise alors que la troisieme etape est difficile et exige des moyens
importants23; on peut penser que son livre la rendra plus aisee. Ce passage est done l'un des rares
plaidoyers pour la democratisation du savoir: conscient du cout des monnaies, Savot ecrit en
reaction un livre accessible pour populariser la connaissance des monnaies et de leur rarete24. Ce
livre est sans nul doute l'ancetre des catalogues de cotes actuels, populaires, financierement
abordables, et destines a fournir beaucoup d'informations tout restant de lecture aisee.
Neanmoins, un anti-Vico25 par son epaisseur et un anti-Erizzo par son absence d'illustra-
tions, sous ses aspects ingrats le livre de Savot amorce les "dissertations steriles" denoncees par
Giard26... Savot se situe a la jonction de deux epoques. Ce qui le rend plus moderne que ses con-
temporains est sa methode, proche des theories baconnienne27: il va jusqu'a sacrifier des
22 Cadet de Beaupre, dit Louis Poinsinet de Sivry (1733-1804), Nouvelles recberches sur la science des medailles Maastricht
(J.E. Dufour & Ph. Roux) 1778
23 Savot indique qu'alors que "la seconds partie se peut acquerir avec mains d'estude, & moins d'argent: La troisiesme au
contraire requiert plus de temps & de despense: Car pour se rendre bien advance en la seconde partie, il ne faut que lire les
livres composez sur ce subjet, que I'on peut avoir avec une somme de deniers mediocre, & lire en moins d'un an; au lieu
que la troisiesme partie desire, ou la recherche & achat de toutes sortes de medalles en toutes sortes de metaux, ce qui ne se
peut recouvrer que par une grande longueur de temps, & une despense immense, ou par la visite & veue souvent reitere'e
d'une grande quantite de cabinets, de medalles, & la communication & frequentation de beaucoup d'Antiquaires, continuee
par une longue suite d'anne'es". Par ailleurs, Savot considere que les ouvrages numismatiques sont tres importants pour la
formation, mais naturellement sans etre aussi extremiste que l'abbe Geinoz par la suite: "avec les livres sans les medailles
on peut scavoir beaucoup et sqavoir bien, et avec les medailles sans les livres on scaura peu et Von scaura mal" ("Obser-
vations sur les medailles antiques", Histoire de I'Academie Royale des Inscriptions, 1740, XII, page 280).
24 Remarquons, a titre anecdotique, que XEncyclopedie de Diderot et d'Alembert rend plusieurs fois hommage a Savot mais
que la primaute' de Vouloir lister les medailles rares y est donnee a tort aux Commentaires historiques... (Paris 1635) de
Jean Tristan de Saint-Amand (1596-1656).
25 Enea Vico (1523-1570), Discorsi sopra le medaglie de gli antichiVenise 1555, 128 pages
Sebastiano Erizzo (1525-1585), Discorso sopra le medaglie antiche Venise 1559
26 Jean-Baptiste Giard, "L'edition numismatique au XVIIe siecle", Quaderni ticinesi 1994, pages 385 a 396: "en fait, il n'y
a pas de rupture entre 1550 et 1660 environ [...]. Dans la seconde moitie du siecle, le classement des monnaies devient plus
critique, mais I'exploitation abusive d'une iconographie monetaire encore mal comprise conduit a la publication de disser-
tations steriles et a des querelles desolantes entre bistoriens qui finissent bientot par discrediter la science des medailles et
par provoquer son de'clin".
27 Mandrou indique que "Francis Bacon [...] a decrit la voie a suivre pour dominer les connaissances disparates [...]. Bacon
recuse tout argument d'autorite, en particulier aristotelicien et recommande aux savants de proce'der par observation et
experimentation '. Contre Aristote et les arguments d'autorite, Francis Bacon (1561-1626) conseillait alors de proceder par
observation et experimentation; comme apres lui Rene Descartes (1596-1650) qui s'opposait a Jan Amos Komensky (dit
Comenius, 1592-1670), il preconisait la recherche personnelle methodiquement menee, contre les recherches livresques.
"Le savant aura plus tot fait de constituer son propre savoir a partir de ses propres decouvertes, constitutes patiemment en
Louis Savot, la modernite d'un regard novateur
65
monnaies pour les etudier, et recommande l'experimentation au point de reprocher a Jules-Cesar
Bulenger (1558-1628) l'aspect theorique d'une science non secondee par la pratique.
Nous nous rangeons a l'avis de Jean-Michel Simon en le generalisant: compare aux ouvrages
de Vico, d'Erizzo et de Le Pois, c'est a dire a ses principaux predecesseurs, l'ouvrage de Savot "est
beaucoup plus "pointu"2S.
Si Ton s'attache a la particularite principale de l'ouvrage, a savoir le guide de rarete des
monnaies, il faut constater que Savot etend l'economie marchande aux collections, qu'il
developpe aupres du grand public. On passe d'une ere ou les achats etaient faits en nombre et
sans discernement puisque rois et puissants etaient prets a acquerir les ceuvres a n'importe quel
prix, et ou les echanges etaient frequents, a une societe bourgeoise, dans laquelle la valeur est
fonction de la rarete. Savot, representant du changement entre deux epoques, participe du
passage de la Renaissance aux temps modernes.
Comme la majorite des ouvrages de son epoque, le livre de Savot est redige en francais: c'etait
la norme pour les ouvrages de synthese. Neanmoins, l'ouvrage de Savot a une envergure scienti-
fique bien superieure a celle de ses concurrents contemporains, et c'est sans doute par un choix
significatif que Savot n'a pas ecrit en latin: tout en s'adressant a un public lettre29, il veut rendre
son ouvrage accessible au plus grand nombre, fidele en cela aux convictions qui l'avaient conduit
a publier YArchitecture frangoise en 1624. Significatif, le choix de la langue francaise n'est pour-
tant pas exceptionnel, puisque seuls 30% des livres de numismatique etaient alors en latin, selon
Jean-Michel Simon.
Le style de Savot n'est pas non plus exceptionnel, meme s'il semble avoir cree la locution
"avoir cours"30. Savot s'insere dans son siecle, en utilisant une langue desormais vivante, qui com-
mence juste a se fixer: on y trouve des expressions aussi modernes que "medailles fourrees", mais
l'orthographe varie encore beaucoup.
Le privilege du Roy a ete accorde au Discours sur les medalles le 23 octobre 1626, et Peiresc le
commanda des le 22 janvier 1627: le livre de Savot a sans doute ete imprime au tout debut 1627,
ou meme fin 1626. L'ouvrage fut traduit a plusieurs reprises en latin, mais il n'y en eut qu'une
edition francaise, contrairement a ce que peuvent laisser croire certaines bibliographies: ainsi
l'exemplaire suedois date 1677 est un exemplaire post-date de l'edition 1627, et toutes les descrip-
un corps coherent, plutot que de recupe'rer dans Vamas livresque des productions anterieures le bon grain se'pare, vaille
que vaille, de I'ivraie" (Robert Mandrou, Des bumanistes aux hommes de science - XVIe et XVIIe siecles, Paris, Seuil,
1973, page 164). Suivant cette meme methode, aux pages 262-263, Savot evoque la mesure du pied "Colotian" a Rome qu'il
avait commandee au pere Renaud, de l'ordre de Saint Francois de Paule. Ainsi done, plutot que de se fier aux estimations
ou representations de ce pied par Sebastiano Serlio (1475-1554), Guillaume Bude (1468-1540), Joseph Scaliger (1540-1609),
etc., Savot en revient a la pierre de marbre blanc conservee au Capitole. Savot ecrivait ainsi, pages 45-46, que "ce mesme
defaut de s'estudier a la cognoissance des medalles & monnoyes antiques par la frequente inspection d'icelles, aussi bien
que par la lecture des livres, a este cause aussi que Bulengerus, quoy que tres sqavant, s'est abuse quand il a escrit [que des
legendes de Nerva se trouvaient sous Domitien et sous Trajan, alors que c'est] si asseure parmy ceux qui manient des
medalles, & sqaveny I'explication de ces trois revers, qu'ils ne pourroient pas pardonner ce qui pro quo a un qui feroit
profession de se cognoistre aux medalles antiques^'.
28 Jean-Michel Simon, Le Monnayage gentilice de la Republique romaine vu par les erudits des XVIe et XVIIe siecles, these
de l'Ecole des Chartes, 1989, page 70
Nous aurions meme tendance a dire que Savot assume le role d'argyronome avec exigence et serieux, pour reprendre le
terme employe par Michel Foucault (1926-1984) pour designer ceux qui examinent les pieces, considerent leurs effigies, se
demandent de quel metal elles sont faites, interrogent leur provenance, etc. ("Les techniques du soi", conference de 1982,
Dits et ecrits, Paris, Gallimard, 1994, texte 363, volume IV, page 811).
29 Savot se sent force de traduire les longs passages en grec, mais pas ceux en latin, pas plus que les termes grecs isoles.
30 Alain Rey, dans son Robert. Dictionnaire historique de la langue francaise (Paris 1998) donne 1671 comme date d'appa-
rition de cette locution (probablement dans la Versification frangoise de Pierre Richelet, publiee a Paris chez E. Layson),
utilisant le sens du terme "cours", apparu en 1602, de "taux auquel se negocient les marchandises". Dans un courrier du 29
mars 2002, Alain Rey nous a indique qu'il allait faire figurer le Savot dans la prochaine edition de son dictionnaire.
66
Hadrien Rambach
tions d'exemplaires portant une date autre que 1627 se sont revelees erronees31. En revanche, ce
livre n'est pas rarissime, puisque nous en recensons une centaine d'exemplaires.
On y trouve plusieurs lettrines et bandeaux, pour lesquelles on peut distinguer au minimum
deux voire trois graveurs differents32. Ces decorations constituent les seules illustrations de
l'ouvrage, a une epoque ou les livres de numismatique etaient frequemment illustres par de me-
diocres graveurs33; on peut faire l'hypothese que Savot n'a peut-etre pas renonce aux illustrations
par manque de moyens, ou par respect d'une tradition dans les manuels d'initiation , mais au
nom d'une exigence artistique ou scientifique.
Le format du livre comptait beaucoup pour Savot, qui oppose son format de poche au folio
de Fulvio Orsini (1529-1600)35. Pourtant, alors que les octavos etaient courants a 1'epoque, il
s'agit d'un quarto, suffisamment fort pour que Peiresc regrette que Ton n'ait pas fait relier son
exemplaire en deux volumes. Le papier de tous les exemplaires consultes est du verge, avec de
multiples malfacons et inclusions: le tirage sur beau papier qu'esperait Peiresc n'a probablement
jamais existe.
En 1663, lors de la parution de son Introduction a I'histoire par la connoissance des medail-
/eV6, Charles Patin (1633-1693) fut accuse d'avoir plagie l'ouvrage de Savot. L'attaque venait du
Journal des scavans, sous la plume de Denys de Sallo (1626-1669). L'attaque resta vive jusqu'au
moment recent ou Dekesel a innocente Patin. Ce qui est indeniable c'est que Patin s'est tres
fortement inspire de Savot et qu'il est pour le moins etrange qu'il ait omis de citer son nom:
Patin developpe les informations donnees par Savot, et les rend plus comprehensibles. La
synthese et la reecriture du Savot justifiaient a elles seules la publication du petit traite de Patin:
ce dernier n'avait done pas a s'en cacher.
Pour nous, cette polemique confirme l'interet que l'ouvrage de Savot suscita: la posterite du
livre a ete assuree par ses evocations posterieures, tant au XVIIe siecle avec Peiresc, Baudelot de
Dairval, Richelet, Menage, Furetiere, Labbe, ou Leibniz, qu'au XVIIIe siecle avec Banduri,
Bimard de la Bastie, Tilger, Moreri, Niceron, Courtepee, Papillon, ou XEncyclopedic En re-
vanche, a partir du XlXeme siecle, le livre tombe definitivement dans les ouvrages anciens, even-
tuellement catalogues par Le Moyne des Essarts, Hoeffer, Engel et Serrure, Babelon, ou Renau-
din, mais non lus; Elvira Eliza Clain-Stefanelli (1914-2001), elle, ne l'evoque meme pas dans ses
bibliographies!
31 Les exemplaires de Tubingen (catalogue comme 1727 jusque recemment) et de Marseille (date par erreur de 1625 par
Gertrude Cendo dans son catalogue de 1987) datent bien de 1627.
32 Deux gravures sur bois sont monogrammees "E.M.", en page de dedicace et en page 305. Nous ne sommes pas parvenus a
les attribuer. Selon Georg Kaspar Nagler (Die Monogrammisten, volume II, pages 631-632), un tel monogramme aurait pu
etre attribue a Etienne Martellange (1569-1641) ou a Edme Moreau (actif entre 1617 et 1660); mais Veronique Meyer,
speciajiwe de Foeuvre de Moreau rejette toute attribution a ce dernier, et Maxime Preaud, conservateur en chef du
Cabinet des Estampes de la Bibliotheque Nationale de France, exclut toute attribution a Martellange. Maxime Preaud a
par ailleurs consulte pour nous Farticle de Thierry Depaulis intitule "Graveurs en bois des XVIIe et XVIIIe siecles d'apres
Papillon: essai de prosographie", publie dans le Bulletin de la socie'te Le Vieux Papier, sans trouver aucun graveur a qui ces
bois puissent etre attribues. Peut-etre s'agit-il d'anciens bois graves, herites de Nivelle.
33 Jean-Baptiste Giard, "L'edition numismatique au XVIIe siecle", Quaderni ticinesi1994, pages 394-395
34 Les Discorsi d'Enea Vico (1555) ne component pas d'illustrations, et les syntheses de Charles Patin (1665) ou de Louis
Jobert (1692) n'en comporteront que tres peu.
35 L'ouvrage en question est le Familiae Romanae ex antiquis numismatibus publie a Rome en 1577.
36 L'ouvrage de Charles Patin (1633-1693) attaque est son Introduction a I'histoire par la connoissance des medailles, publiee
a Paris en 1665. Les articles de Sallo parurent dans Le Journal des scavans les 23 fevrier 1665 et 9 mars 1665.
Christian Dekesel (1939-*), dans "Charles Patin in Paris, from fame to misfortune" (pages 19 a 31 du Quaderni per la
storia deU'Universita di Padova, n° 29, 1996) defend Patin: "we compared both publications very carefully and we can as-
sure everybody that Charles Patin s book covers a completely different field than that of Louis Savot. We can state that
Louis Savot's book goes much deeper into the problems of the ancient medals than Charles Patin s much smaller publica-
tion, which gives us a more general insight into the numismatic scene". Ce passage est repris de la page 7 de son ouvrage
Charles Patin, a man without a country, publie a Gand par la Bibliotheca Numismatica Siliciana en 1990.
Louis Savot, la modernite d'un regard novateur
67
On peut considerer que la numismatique est 1'un des principaux fondements de la Renais-
sance. Par rapport a la redecouverte de l'Antiquite et au developpement de nouveaux sujets d'in-
teret scientifique comme la medecine ou la metallurgie, l'interet des monnaies, a la fois objets
d'etude scientifique et temoignages de l'Antiquite, est double. Alors que les humanistes se mefi-
aient des documents ecrits, qu'ils savaient pouvoir etre apocryphes37, ils accordaient un credit
quasi-illimite aux monuments solides, au metal et a la pierre. Les monnaies apportent -
croyaient-ils - des informations incontestables sur le passe38, alors que les ecrits d'epoque avaient
disparu ou avaient ete maquilles.
Savot remit en cause cette confiance, montrant que les monnaies pouvaient etre fausses, et ne
constituaient pas un temoignage historique fiable. Pour se justifier, il cita de multiples ecrits,
antiques ou non, et le papier vint authentifier le metal: on assiste a l'inversion des valeurs de la
Renaissance, et a la naissance de la diplomatique, cette science critique des textes et des scea^ox,
initiee par Lorenzo Valla (1405-1457) mais developpee par Jean Mabillon (1632-1707).
Considerant les monnaies comme des objets de collection dans l'acception moderne du
terme, comme des collectibles, l'ouvrage de Savot constitue le premier guide pour collectionneur.
Les monnaies n'y sont plus etudiees comme des objets de recherche, mais comme du metal dont
la valeur est fixee par le desir des collectionneurs, lui-meme fonction de la rarete: Savot detruit
les raisons qui poussaient ses predecesseurs a s'interesser a la numismatique, et pose les fonda-
tions du developpement de la diplomatique. C'est en precurseur au sein de la numismatique q'il
contribue a son declin.
37 Lorenzo Valla (1407-1457), par exemple, a prouve sa perspicacite avec sa Donation de Constantin (prefacee par Carlo
Ginzburg et traduite par Jean-Baptiste Giard, Paris, Belles Lettres, 1993).
38 John Cunnaly (Images of the illustrious: the numismatic presence in the Renaissance, Princeton University Press, 1999)
ecrit ainsi que "the medals of Greece and Rome were regarded by humanists as literal miniatures, reduced versions of
great sculptural and architectural monuments of antiquity long ago destroyed or buried".
De plus, les monnaies restaient relativement abordables, au contraire de monuments plus importants, tels des statues, que
seuls de rares amateurs fortunes comme Thomas Howard, 14eme comte d'Arundel (1585-1646), pouvaient acquerir. Ainsi,
Girolamo Ruscelli (c.1500-1566) dans la preface au Discorso d'Erizzo (1559) ecrivait que, pour chaque statue antique, le
monde recele de tres nombreuses medailles ("per una statua de' tempi antichi che hoggi s'habbia, sono molte & molte
medaglie per tutto il mondo").
LITERATUR
JAHRHUNDERT
HARRASSOWITZ VERLAG
IN KOMMISSION
INHALTSVERZEICHNIS
Vorwort
Christian Dekesel und Thomas Stacker:
Die europaische numismatische Literatur im 17. Jahrhundert ....................... 7
Einleitung
Christian Dekesel:
Die numismatischen Publikationen in Europa im 17. Jahrhundert: Ein Gesamtbild..... 11
L Leben und Arbeit beriihmter Numismatiker
Jean-Baptiste Giard:
Numismates et antiquaires dans la premiere moitie du XVIIe Siecle.................. 39
Andrew Burnett:
John Evelyn (1620-1706) and Obadiah Walker (1616-1699):
their significance for numismatics.............................................. 47
Hadrien Rambach:
Louis Savot, la modernite d'un regard novateur................................... 59
Christian Dekesel:
Jean Foy-Vaillant (1632-1706): l'antiquaire du roy................................. 69
Edith Lemburg-Ruppelt:
Zur Position Ezechiel Spanheims (1629-1710) in der numismatischen Literatur......... 89
Marco Callegari:
Cesare Ripa, his Iconologia and the Numismatic 101
j0rgen Steen Jensen:
Hans Mule (1605-1669) und der Anfang der danischen Numismatik.................. 109
Torbjorn Sundquist:
Heinrich Bunting and his "Itinerarium" in Scandinavia............................ 115
II. Geschichte der numismatischen Sammlungen
David Berry und Henry Kim:
A Great Ornament to the University: the development of numismatics in Oxford
during the seventeenth century................................................ 125
Bernhard Overbeck:
"De Vitis Imperatorum et caesarum Romanorum tarn Occidentalium quam
Orientalium..." von Octavius Strada von Rosberg.
Einige Gedanken und Beobachtungen zur Bildauswahl ............................ 141
III. Einfluji numismatischer Publikationen auf andere Aspekte des Lebens
Robert Thompson:
The Academy of Armoury by Randle Holme (1627-1700)........................ 165
Alberta Bedocchi:
Une relation probable entre les Illustrium imagines ex Fulvii Ursini Bibliotheca
et un medaillon sculpte d'un portail de Genes............................... 179
Peter Berghaus:
Numismatische Beziige in der Pompa Introitus des Caspar Gevaerts,
Antwerpen 1643 .......................................................... 193
Jonathan Kagan:
Numismatics in Britain from 1600 until the Outbreak of the Civil War ............ 211
IV. Numismatische Publikationen in Miinzkabinetten und Bibliotheken
Oriana Cartaregia:
Les Livres de numismatique dans l'ancienne "Libraria" du College des Jesuites
de Genes au XVIIe siecle................................................... 231
Thomas Stacker:
Numismatische Literatur in der Bibliotheca Augusta - Zufall oder geplanter Aufbau 257
Jean-Marie Darnis:
Essai sur la Bibliotheque de la Monnaie Royale des Medailles au Palais du Louvre
a Paris (1609-1715)........................................................ 267
Clas-Ove Strandberg:
The 17th century books in the Queen Lovisa Ulrika Library in Stockholm.......... 275
V. Die politische Rolle numismatischer Publikationen
Ulrich Rosseaux:
Inflation und Offentlichkeit. Die Publizistik zur Kipper- und Wipperzeit
1620-1626 ............................................................... 301
Paul Arnold:
Die Histoire Metallique der sachsischen Kurfiirsten und Herzoge im Spiegel der
Abhandlungen von Wilhelm Ernst Tentzel.................................... 311
VI. Europaische Zentren der numismatischen Buchproduktion
Giovanni Gorini:
Publications on Ancient Numismatics in the Republic of Venice in the 17th Century 327
Werner Waterschoot:
Das Haus Plantin (Officina Plantiniana) und die Numismatik im 17. Jahrhundert .... 341
VII. Wichtigkeit der numismatischen Bibliographien
Christian Dekesel:
Lipsius' (1756-1820) "Supplement" analysed................................... 351
Personenregister............................................................... 367
Bibliografische Information Der Deutschen Bibliothek:
Die Deutsche Bibliothek verzeichnet diese Publikation in der Deutschen
Nationalbibliografie; detaillierte bibliografische Daten sind im Internet
iiber http://dnb.ddb.de abrufbar.
Bibliographic information published by Die Deutsche Bibliothek:
Die Deutsche Bibliothek lists this publication in the Deutsche
Nationalbibliografie; detailed bibliographic data is available in the
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ISBN 3-447-05301-1
ISSN 0724-472X