Le héros américain : d’Indiana Jones à Lost more

Le héros américain : d’Indiana Jones à Lost Nathalie Schon Accepté pour publication : Actes du séminaire Littératures et sacralisations mémorielles , Centre de recherche Écritures de l’université de Lorraine, à paraître. S’il y a une culture qui aujourd’hui cultive le mythe du héros, c’est bien la culture américaine. ll ne se passe pas un jour sans que John et Beth ne soient fêtés en héros car l’un a rapporté un portefeuille, et l’autre a éteint un départ de feu chez son voisin. Mais ce héros peut-il être clairement défini ? Est-il immuable ? Définit-il la nation américaine ? Où apparaît-il ? La dernière question est la plus simple. Aux Etats-Unis d’Amérique le héros est véhiculé avant tout à travers des oeuvres de la culture populaire. Qu’est-ce que la culture populaire ? En France ce terme fleure bon le folklore et revêt un côté ringard, voire négatif. On l’oppose systématiquement à la « vraie culture », à l’art, la civilisation pour la reléguer dans le bourbier de la télé-réalité, de Voici magazine, des contes pour enfants, des recettes de cuisine de notre enfance, bref le terme décrit en France les amusements de la France d’en bas qui ne nécessitent que peu de cerveau humain disponible pour détourner la phrase de Patrick Le Lay, PDG de TF1. Or aux Etats-Unis l’expression « culture populaire » n'est pas liée à un aspect péjoratif mais à une thématisation de phénomènes culturels de masse à diffusion importante. Pour que l'oeuvre soit populaire et pas seulement un traitement du populaire, il faut qu'elle soit intelligible et accessible à une majorité: par son style, son support, son mode de diffusion. Puisque le héros américain trouve ses heures de gloire dans la culture populaire., quoi de plus normal donc d’en rechercher une définition sur le médium roi du genre populaire : internet ? Ainsi les auteurs du site nanarland, attachés à l’« exploration de la face obscure du cinéma » dans une encyclopédie des pires films héroïques, devenus populaires grâce à leur comique involontaire, donc particulièrement intéressant de par l’aspect caricatural du propos héroïque, assument pleinement la sulfureuse réputation de culture trash, culture du plus petit dénominateur commun attachée au terme populaire au yeux de certains. Ils passent en revue, non sans ironie, les limites et l’égocentrisme impérialiste des héros de la TV et du cinéma US, les exemples cités étant majoritairement issus des années 80 : Le héros est toujours prêt à quitter le confort de sa 1 retraite ou l'accueillante moiteur du bar pourri de Macao où il passe ses journées pour aller pourfendre le mal, délivrer des anciens du Vietnam prisonniers dans des cages en bambous, exterminer des vampires chinois trafiquants de coke (« Robo Vampire »), repousser des invasions extraterrestres, dénicher des diamants de 2000 carats (« White Fire ») ou exterminer des criminels de guerre impunis (« Strike Commando »). Si le héros est un délinquant, mercenaire ou contrebandier interstellaire (« Starcrash »), il aura tôt fait de rentrer dans le droit chemin pour défendre le Bon Droit et les Braves Gens. » (http://www.nanarland.com/glossaire.php? lettre=H&def=104) Le super-héros En effet cette approche du héros des années 80 aux Etats-Unis, qui marque toujours les esprits et les films de mauvaise qualité, les nanars, rappelle furieusement celle des années 50 avec l’avènement des superhéros de Marvel et de DC. Qu’est-ce qu’un super-héros ? Un être sans aucune particularité culturelle, si ce n’est d’être courageux, noble, de défendre son pays. C’est un être qui se déguise et qui vit aux marges de la société qui ingrate ne reconnaît pas toujours son héroïsme. The secret identity also embodies the American immigrant experience of assimilation, in which the alien Other must put on a mainstream costume in order to « pass » within society, a masquerade that is always in jeopardy of being exposed. (Smith, Greg M. « The Superhero as Labor The Corporate Secret Identity » In The Comic Book Superhero, Routledge, 2008.) Cette analyse est confirmée par l’origine de Captain America, un super héros emblématique du genre et dont le nom est un tout un programme patriotique. Né de pauvres parents immigrés d’Irlande, il grandit sous la Grande Dépression aux Etats-Unis. Horrifié par les images des nazis mettant à sac l’Europe et des atrocités japonaises en Asie, il veut rejoindre l’armée. Trop chétif, il n’est pas accepté. Face à tant de ferveur patriotique, le Général Chester Phillips, de l’US Army, fait participer notre super héros en herbe à une expérimentation top secrète intitulée « Operation Rebirth ». C’est ainsi que grâce à un Super-Soldier Serum, il deviendra « Captain America ». 2 Source : Encyclopédie Marvel : http://marvel.wikia.com/Captain_America_(Steven_Rogers) Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Toutefois le héros tant des années 50 que 80 est garant d’une cohésion nationale, car il est défini de façon suffisamment vague pour que tout citoyen voie en lui une version améliorée de lui-même. Le super-héros a des valeurs américaines : patriotisme, âme charitable particulièrement importante dans une société qui voit d’un mauvais oeil l’intervention de l’Etat dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, un travail reconnu au service de la communauté (journaliste, scientifique, photographe de presse, lieutenant dans l’armée US etc..), une vision manichéenne du 3 monde. Pourtant ces qualités humanistes semblent plus destinées à souder le pays et à l’ancrer du côté des bons, de la lumière, de la civilisation qu’à définir une nation. Ce qui change dans les années 80, c’est l’absence de double vie de nos héros. Ils incarnent toujours les valeurs précitées, ils ont une force et endurance quasi sur-humaine mais à présent ce sont de simples individus avec des métiers plus ou moins banals qui se dépassent (John Rambo, ancien béret vert et héros de la Guerre du Viêt Nam dans Rambo, le policier John McClane dans Die hard, l’archéologue Indiana Jones dans la trilogie Indiana Jones, la serveuse Sarah Connor dans Terminator etc...). Bref, l’Amérique est toujours aussi friande d’exploits héroïques. Bien qu’individualistes (la plupart de ces héros sont sans attaches, célibataires ou divorcés), ils confortent, après l’anti-héroïsme des années 70 et ses dystopies en réaction notamment à la guerre du Vietnam, le pays dans ses valeurs républicaines sous Ronald Reagan et George Bush senior. Après la menace de la 2ème guerre mondiale et de la guerre froide, de la guerre de Corée et du Vietnam, puis de la 1ère guerre en Irak, le pays veut se rassurer avec des sur-Hommes à la morale simpliste, spirituels mais pas trop (il ne faudrait pas passer pour un Européen, forcément intellectuel et froussard), toujours prêt à se précipiter avec poings et armes à la rescousse de la veuve et de l’orphelin. Une autre source d’inspiration de ces héros américains est sans nul doute l’esprit pionner : l’Homme seul, courageux qui fait preuve de forces quasi surhumaines pour conquérir la « Frontière » et surmonter les obstacles que la nature et les populations hostiles lui tendent : ...plus qu’un simple épisode de la vie du pays, la conquête de l’Ouest représente une scène fondatrice, maintes fois répétée le long de la Frontière. Dompter les contraintes naturelles, vaincre les Indiens, discipliner les cowboys et les hors-la-loi : tels sont les trois actes par lesquels la société américaine s’établit sur l’ensemble de son territoire, et telle est la matière inépuisable des chansons, des romans et des films. Dès lors, il semble possible de considérer ces légendes de la Frontière comme l’épopée nationale propre des Etats-Unis, dans la mesure où l’œuvre épique est précisément celle qui repose sur un récit relatant les actions qui ont contribué à la fondation de la communauté. (Daniel AGACINSKI Miranda n°5 - Le héros de la Frontière, un mythe de la fondation en mouvement: http://www.miranda-ejournal.fr/1/miranda/article.xsp? numero=5&id_article=Article_04-629) 4 How the West was won, MGM, 1963 (Source : MGM. Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) T.C. Boyle, auteur qu’on peut qualifier de populaire tant par les thèmes familiers aux USA qu’il aborde (la bêtise charmante des hippies californiens, la folie furieuse et l’hypocrisie des yuppies, on dirait bobos en France, la paranoïa des cowboys modernes enfermés dans leurs bunkers commandés sur catalogue...), la diffusion de ses nouvelles dans des magazines à publics divers (New Yorker, Playboy...), sa présence sur le web (site internet officiel auquel il contribue régulièrement : http://www.tcboyle.com) et son style acerbe, élaboré mais parfaitement compréhensible par le plus grand nombre. T.C. Boyle est sans doute l’un des meilleurs auteurs américains contemporains à avoir raillé ce penchant pour l’héroïsme (celui des autres) chez ses compatriotes, lorsque celui-ci tombait dans le ridicule et la démesure (et c’est souvent le cas d’après lui), dans le mercantilisme pur ou la folie destructrice. L’auteur californien déconstruit ainsi le héros moderne à travers une description de héros de pacotille dans un décors de carton pâte, dont les seules motivations sont le confort et l’argent. Sa critique est délivrée dans le recueil Without a hero entre autre par un propriétaire de ranch safari en Californie : 5 Real estate people. Jesus. He'd always preferred the movie crowd - or even the rock-and-rollers, with their spiked wristbands and pouf hairdos. At least they were willing to buy into the illusion that Puff's African Game Ranch, situated on twenty-five hundred acres just outside Bakersfield, was the real thing - the Great Riff Valley, the Ngorongoro Crater, the Serengeti - but the real estate people saw every crack in the plaster. And all they wanted to know was how much he'd paid for the place and was the land subdividable. (...) And now the great white hunter was leaning across the table to reassure her, his gut drawn tight against the khaki safari shirt, his accent so phony it was like something out of a Monty Python routine. « Mrs Bender, Nicole, » he began, mopping his blood blister of a face with a big checked handkerchief, « we’ll go out for zebra in the morning, when it’s cool, and if it’s three you want, we’ll get them, there’s no problem with that. Four, if you like. Five. If you’ve got the bullets, we’ve got the game. » (Boyle, T. Coraghessan Without a Hero : And Other Stories, Viking Press, 1994, p.131). De toute évidence ces héros du week-end ne s’intéressent pas à l’Afrique et leur seul rapport avec ce continent est celui du prédateur impérialiste virtuel. Dans Tortilla Curtain, T.C. Boyle définit le héros américain à travers le personnage d’un immigré mexicain nommé Candido et non pas de Delaney Mossbacher, humaniste libéral écologiste dont les valeurs ne feront pas long feu face aux réalités californiennes. Avec ironie TC Boyle passe en revue les symboles de l’Amérique qui ont perdu toute leur signification. Ainsi après avoir vécu une vie misérable en Californie, Candido, le héros naïf et son adversaire yuppy bien pensant et lâche sont sauvés par le toit de la Poste US. America, l’épouse de Candido, au nom si évocateur pleure avec la mort de leur enfant Socorro, la fin de leur rêve américain. Pourtant bien que Delaney, en s’acharnant sur ce couple de Mexicains, qu’il rend responsable de tous les malheurs de sa famille, cause la mort de Socorro, Candido le sauve. Le véritable héros n’est plus celui qui punit le criminel dans un monde manichéen, mais celui qui pardonne et refuse d’abandonner tout espoir en l’être humain. Il n’est plus le parangon d’une nation, mais un héros véritablement humaniste qui transcende les frontières : It took him a moment, interpreting the humped rock beneath him with his numbed and bleeding fingers, before he understood where they were-they'd been saved by the United States Post Office 6 and this was the tile roof and the building beneath them was the cut bank of the river as it swirled round the bend to the swamped bridge and the gorge beyond. "America" was all he could say, gasping it, moaning it, over and over. He fell into a spasm of coughing and brought up the cocido, sour and thin, and he felt as if he were being slowly strangled. "Are you okay?" he choked. "Are you hurt?" She was sobbing. Her body and his were one and the sobs shook him till he was sobbing himself, or almost sobbing. But men didn't sob, men endured; they worked for three dollars a day tanning hides till their fingernails fell out; they swallowed kerosene and spat out fire for tourists on streetcorners; they worked till there was no more work left in them. "The baby," he gasped, and he wasn't sobbing, he wasn't. "Where's the baby?" She didn't answer, and he felt the cold seep into his veins, a coldness and a weariness like nothing he'd ever known. The dark water was all around him, water as far as he could see, and he wondered if he would ever get warm again. He was beyond cursing, beyond grieving, numbed right through to the core of him. All that, yes. But when he saw the white face surge up out of the black swirl of the current and the white hand grasping at the tiles, he reached down and took hold of it. (Boyle, T. Coraghessan The Tortilla Curtain, Viking Press, 1995.) TC Boyle a-t-il raison avec sa critique du modèle du héros américain ? Le héros américain est-il un imbécile ou est-ce juste un modèle rare ? Existet-il un seul modèle dominant ou plusieurs ? Puisque nous parlons de safaris et de treks dans une nature hostile, quel meilleur exemple du héros américain peut-on choisir qu’ Indiana Jones ? Indiana Jones Le héros archéologue Indiana Jones est un archéologue globe-trotteur, « obtainer of rare antiquities » (dixit le making of d’ Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, Stephen Spielberg, 2008). Indiana Jones est un héros typique des années 80, un héros célibataire, 7 aventurier. Il fédère mais ne fonde aucune nation, si ce n’est la collection d’un musée qu’on ne visite jamais dans le film. La nationalité d’Indiana Jones n’est d’ailleurs pas thématisée. Ce qui l’est c’est son appartenance à l’occident, au monde « libre », préservateur de trésors culturels et souvent matériels (on ne compte plus les artéfacts en or, même si Indiana Jones semble imperméable à l’aspect matériel) face à des indigènes présentés sous un jour peu recommandable ou civilisé. C’est donc bien cela le rôle premier de notre héros : défendre les valeurs de l’occident contre une armée des ténèbres, représentée en règle générale par des nazis et des cultures perverses qui passent ou passaient le plus clair de leur temps à sacrifier des humains et à inventer des pièges sordides. On s’éloigne en cela certes des héros nationaux et patriotes de l’univers Marvel, DC (Captain America, Superman etc...) et de films de guerre hollywoodiens (Rambo), régulièrement réactivés en temps de guerre ou peu après (2ème guerre mondiale, Vietnam, guerre en Irak), mais Indiana Jones reste un héros qui gagne à la force de ses poings et sauve la veuve et l’orphelin de sauvages sanguinaires : « He is a potent amalgamation of several types of popcultural heroes, » says Delia Konzett, a professor of cinema studies and English at the University of New Hampshire. « He is a comic-book superhero with cinematic ingredients of the Western cowboy, the filmnoir mobster, the epic adventurer and the patriotic combat soldier. This blend turns him into a truly invincible American action hero. » (Maria Puente, « Indiana Jones: He's Everyman, with wit and a whip », 23 Mai 2008, USA TODAY) 8 « Indiana Jones and the Golden Fleece » est une BD en 2 numéro de Pat McGreal et Dave Rawson, publiée chez Dark Horse Comics en Juin et Juillet 1994. Indiana Jones s’inscrit de façon humoristique également dans une lignée de récits colonisateurs et impérialistes que l’Europe ne glorifie plus guère (Tintin a certes des relents impérialistes mais ces aspects n’ont jamais semblés intrinsèques au personnage qui est une sorte de boyscout, très respectueux au moins de certaines cultures non européennes (Chine, Amérique du Sud, Indiens d’Amérique...) et qui ne saccage, ni ne vole des oeuvres d’autres contrées. Indiana Jones semble ainsi plus proche des récits aventuriers du 19 ème siècle (Haggard) avec sa supériorité occidentale, son utilisation du monde non judéo-chrétien comme cour de récréation, son pillage du monde colonisé et sa vision en noir et blanc du monde : Recalling « imperial adventure tales for boys », the Indiana Jones films are premised on « an imperialized globe, in which archeology professors can ‘rescue’ 9 artefacts from the colonized world for the greater benefit of science and civilization» (Shohat, Ella and Robert Stam Unthinking Eurocentrism. Multiculturalism and the media. Routledge. 1994, p124). What weighs far more seriously is the criticism that elements of the film scripts communicate highly objectionable values. The adventures of Indiana Jones are premised on an imperial world in which western archaeologists routinely travel to the far corners of the globe in order to retrieve precious artefacts and save the world from Evil, giving the impression that the world is dependent on intervention from the west. (Cornelius Holtorf « Indiana Jones is no bad thing for science », New Scientist, 14 Mai 2008 N° 2656.) En effet, si dans les 3 premiers films de la série, l’archéologie avait un rôle et donnait à l’Amérique ce dont elle manquait : des traditions et une histoire millénaire qu’à défaut de vivre, on pouvait découvrir et préserver, le 4ème volet de la saga, tourné environ 20 ans après, a abandonné tout intérêt pour l’archéologie (un comble pour un architecte) pour laisser place à une chasse au crâne de cristal, dont tout le monde sait qu’il s’agit d’un faux du 19ème siècle, qui en plus d’être proclamé maya se révèle être inter-dimensionnel (Spielberg n’aurait pas du laisser George Lucas, créateur de Star Wars, apporter sa contribution, car l’idée tragiquement roswellienne a germé dans l’esprit de ce dernier). Bref, l’Amérique semble avoir perdu sa mission dans ce film en thématisant la guerre froide, alors que plus personne aux Etats-Unis ne croit que les Russes aient jamais été une véritable menace pour les valeurs de l’occident. Mais Indiana Jones est-il vraiment un préservateur de richesses culturelles ou pour détourner la phrase d’Oppenheimer : « un préservateur de mondes » (« I am become death, the destroyer of worlds. ») . Une exposition a été organisée au Montreal Science Centre sur le personnage, intitulée Indiana Jones and the Adventure of Archaeology. Celle-ci s’annonce scientifique a priori : When we did the research for this exhibition, one of the opportunities we had was to meet the researchers behind the fourth Indy movie, and it was just amazing to see how much time they spent researching and documenting certain subjects. When they do the documentation, they’re not even aware of the whole story line yet, because it’s obviously very top secret, and they only saw the movie when the movie came out with everybody else. So these researchers worked for three years, working into the minute details, for example, of Mayan architecture and Mayan art. Noelene Clark « ‘Raiders of the Lost Ark’ exhibit whips up Hollywood and history » LA Times, 24 Août 2011 (http://herocomplex.latimes.com/2011/08/24/indianajones-pictures-raiders-lost-ark-museum-exhibitionarchaeology-montreal-props-harrison-ford-steven10 spielberg/#/0) Source : TM & © Lucasfilm Ltd. Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Le héros et les petits hommes verts Avec l’exposition, Indiana Jones s’aventure sur le terrain de l’archéologie comme science et quitte la sphère du pur divertissement et de l’imaginaire. Aussi n’est-il pas étonnant que des archéologues se soient 11 penchés sur la crédibilité des recherches du Docteur Jones. A y regarder d’un peu plus près, le fondement historique de ces films est néanmoins plutôt fantaisiste et n’approfondit aucun sujet. Le 4ème volet, paru après ce qui était à l’origine une trilogie est particulièrement indigent d’un point de vue historique et Indiana Jones y apparaît plus comme un touriste égaré à Cancun dans un camp d’aventures dirigé par une dominatrice vaguement russe, un lendemain de virée alcoolisée dans un bar à thèmes science-fiction période ET, que comme un archéologue héroïque sauvant le monde de la chienlit nazie : "Auch wenn es sich um einen Spielfilm handelt, sind viele Angaben einfach falsch", sagt der Historiker Manu Burga. Er fordert, dass künftig Experten die Drehbücher auf diese Art von Fehlern prüfen sollten. Hugo Neyra, der Direktor der peruanischen Nationalbibliothek, sprach von "Barbarei". Fehler, die nicht nur die Bewohner Südamerikas bemerken. Denn auch antike Stätte wurden an neue Orte verlegt. So die Pyramide Chichén Itzá aus dem mexikanischen Bundesstaat Yucatan, die im "Kristallschädel" im peruanischen Urwald auftaucht. Altamerikanist Golte wundert sich über die Naivität der Filmemacher. In Zeiten der Globalisierung hätten "Abermillionen Touristen" die Pyramide gesehen: "Die merken das sofort". (« Verwirrung um ‚Indiana Jones’: Mexiko oder Peru? Hauptsache Hollywood! » - SPIEGEL ONLINE, 29 Mai 2008 www.spiegel.de/kultur/kino/0,1518,556315,00.html) Les années 80 avaient eu le mérite de présenter un personnage certes ethnocentrique mais qui avait le mérite de préserver certains vestiges de ses aventures archéologiques dans un musée occidental, reconnaissant ainsi leur importance culturelle, de sauver les populations locales voire l’humanité des forces de l’ombre (des nazies aux sectes indiennes les plus obscures) et de jouer de manière très distrayante avec les fantasmes de l’occident. Le dernier (espérons le) volet de la saga fait cette-fois apparaître un vaisseau spatial. Indiana Jones n’est donc plus perçu par l’Amérique comme un préservateur de trésors et de cultures étrangères, mais comme un illuminé de Roswell. Si les films précédents abordaient des objets mythiques ayant inspiré de multiples récits dans le monde occidental et qui en cela étaient révélateurs de la culture et de l’identité que notre héros défendait contre l’anéantissement, cette fois Indiana Jones s’intéresse à des crânes de cristal, dont le caractère frauduleux est déjà connu avant le tournage du film et qui n’ont guère influé sur la culture occidentale. Cette superficialité rapproche Indiana Jones des BD de super-héros avec ses personnages caricaturaux, bons enfants, surpuissants et sa critique ambiguë de la science (en général celle-ci a créé le super-héros à travers 12 un accident de laboratoire, comme Spiderman, Hulk, mais aussi le méchant: Green Goblin...,). Tout est traité de la même façon, a la même importance et est traité avec la même approche humoristique et/ou spectaculaire : du Saint Graal aux phobies d’Indiana Jones. The film, conceived by George Lucas, is a familiar recipe of thrilling chases, spectacular stunts, mystical symbols, ancient civilizations and jokes about Jones's fear of snakes. But it also ventures into the realms of extra terrestrials and parallel worlds, and tackles issues including McCarthyism in the United States in the 1950s, the destructive power of nuclear weapons and even the disappearance of forests in the Amazon. (Mike CollettWhite « Critics cheer return of Indiana Jones », Reuters, 18 Mai 2008) Ainsi d’après le film, un archéologue survit sans problème majeur à une explosion atomique en s’enfermant dans un réfrigérateur en plomb. Time Magazine a élu l’expression inspirée par cette scène absurde : « to nuke the fridge » une des 10 expressions en vogue en 2008 (« ‘to nuke the fridge’ means to exhaust a Hollywood franchise with disappointing sequels. It was coined after a ludicrous scene in the latest Indiana Jones installment in which the hero climbs into a refrigerator and somehow survives a nuclear explosion »: Cloud, John « The Top 10 Everything of 2008. A yearbook of all the top events you've been talking about », Time Magazine, 3 Novembre 2008, http://www.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,1855948_186 4100_1864105,00.html) Ville témoin pour tests nucléaires de l’armée américaine (Source : Paramount et Lucasfilm. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) 13 Indiana Jones survit à une explosion nucléaire (Source : Paramount et Lucasfilm. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Notre « héros » ne part pas plus en guerre contre les armes nucléaires qu’il ne défend de valeurs nobles. Le monde, celui d’Indiana Jones jusqu’au lieu de tournage est un vaste parc d’attractions où tout est perçu comme source de distraction. Ce héros est un donc devenu un personnage formidablement aculturel. The movie is the fourth in the popular Indiana Jones series, produced by George Lucas, Kathleen Kennedy, Frank Marshall, and Denis L. Stewart, and directed by Steven Spielberg. Hawaii shows up near the second hour, in one of the film's most action-packed sequences: a seat-clutching chase scene through dense, ivy-covered, palm tree-studded forest on a narrow, unpaved road that meanders along steep coastal cliffs. Don't worry about those gigantic ants and vicious monkeys that attack everyone. Those were created in the fertile imaginations and computers of the special effects team, far from Hawaii. (John Fischer « Hawaii's Big Island Becomes Peru. Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull » Filming Locations, About.com Guide : http://gohawaii.about.com/od/hawaii_media_guide/a/cry stal_skull.htm) Seule exception notable et comique: la discussion théorique dans la librairie après une entrée fracassante sur une moto, car ne distrait un 14 chercheur de sa matière. Autre enseignement : il faut allier recherches en bibliothèque et sur le terrain. On retrouve ici le héros cultivé des premiers films : Vidéo de l’épisode nucléaire et de l’épisode de la bibliothèque : « - I just had a question on Hargrove's normative culture model. -Forget Hargrove.Read Vere Gordon Childe on diffusionism. He spent most of his life in the field. If you want to be a good archeologist,you got to get out of the library! » http://www.officemagenta.net/wp-content/uploads/2012/01/indi2.mp4 Tournage à Hawai’i de « Raiders of the lost arc » (Source : Paramount : Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Star Trek 15 Nous avons vu le rôle de la science-fiction dans la définition et l’évolution du héros américain à travers les super-héros de Marvel et DC et Indiana Jones. Mais qu’en est-il du héros américain dans Star Trek, série mythique entièrement consacrée à la science-fiction, genre longtemps décrié mais très populaire grâce à une diffusion massive sur des supports très bon marché : en effet les « dime novels » extrêmement populaires aux EtatsUnis au 19ème siècle, puis les « pulp magazines » et les séries TV au 20ème siècle ont largement contribué à diffuser la science-fiction auprès d’un public plus large. « 'Star Trek' has the virtue in this world of being illiterate », acknowledges writer/director Meyer, now directing the current feature, Star Trek VI: The Undiscovered Country, which is slated for a Christmas release. « America is now an illiterate society, with no particular oral tradition », he observes. « Myths have to be served up in a new way. » (Sheldon Teitelbaum « How Gene Roddenberry and his Brain Trust Have Boldly Taken 'Star Trek' Where No TV Series Has Gone Before : Trekking to the Top », Los Angeles Times, 5 Mai 1991) Quelle est la définition d’un héros dans Star Trek ? Tout d’abord il faut savoir qu’il y a plusieurs séries dans l’univers Star Trek : la 1ère date des années 70, suivie de Star Trek The Next Generation dans les années 8090, puis Star Trek DS9 dans les années 90 et quelques autres beaucoup moins populaires. Dans Star Trek Creator. The Authorized Biography of Gene Roddenberry, David Alexander explique que le créateur de la série Gene Roddenberry s’est inspiré de « Gulliver's Travels » de Jonathan Swift, en donnant 2 dimensions aux épisodes: celle d’une aventure et celle d’un conte moral. Le héros apparaît dans toutes ces séries sous les traits du capitaine/commandant. Il semble donc intéressant de voir l’évolution de ce personnage et de ses valeurs au fil de la saga. Le capitaine : de l’aventurier au stratège On peut constater une évolution du rôle du capitaine entre les années 70 et 90. Le 1er capitaine, nommé James T. Kirk (joué par William Shatner), est un héros typique de son époque, un aventurier courageux qui n’hésite jamais à courir au secours des plus faibles et à s’amuser. Le 2ème capitaine, Jean-Luc Picard, qui apparaît dans les années 80 dans l’adaptation : Star Trek. The Next Generation est quant à lui assez atypique, car il contredit l’image traditionnel du héros à cette époque. Pour commencer il est français (l’acteur John Stewart est britannique), diplomate et donc nettement plus réfléchi que Kirk. Le but étant d’empêcher une identification de type nationaliste avec Picard afin de 16 promouvoir une civilisation qui a dépassé le nationalisme. En cela Star Trek est une anomalie dans cette période. Mais il faut dire que les années 80 touchent à leur fin puisque la série démarre en 1987 jusqu’en 1992. Capitaine Kirk. (Source : Paramount : Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Capt. Picard is no interstellar « Stormin' Norman » Schwarzkopf. This became evident when, at a recent convention in New York attended by 2,000 Trekkers, Shatner and Stewart shared a stage for the first time. Someone asked how Capts. Kirk and Picard would have handled Saddam Hussein. One would have gone to war; the other would have opted for a mixture of vigorous negotiations and diplomacy, backed by sanctions, if necessary. (Sheldon Teitelbaum « How Gene Roddenberry and his Brain Trust Have Boldly Taken Star Trek Where No TV Series Has Gone Before : Trekking to the Top » In Los Angeles Times, 5 Mai 1991) 17 Capitaine Jean-Luc Picard (Source : Paramount : Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) But the new show, which is set some 85 years after the old series transpired, generally eschews violence and bluster for diplomacy and intellectual guile, explains Roddenberry in the slim « bible » he created to guide the show's writers. « Show a somewhat better kind of human than today's average », he writes on Page 3 of the Writers'/Directors' Guide for the 1989 season. "Our continuing characters are the kind of people that the 'Star Trek' audience would like to be themselves. They are not perfect, but their flaws do not include falsehood, petty jealousies and the banal hypocrisies common in the 20th Century. » (Sheldon Teitelbaum « How Gene Roddenberry and his Brain Trust Have Boldly Taken 'Star Trek' Where No TV Series Has Gone Before : Trekking to the Top », Los Angeles Times, 5 Mai 1991) PICARD We have to go back to a planet called Veridian III and stop a man from destroying a star. There are millions of lives at stake. 18 (...) KIRK I take it the odds are against us, and the situation is grim? PICARD You could say that. KIRK (musing) Of course, if Spock were here, he'd say I was being irrational, illogical human for wanting to go on a mission like that... KIRK Sounds like fun. Berman, Rick/Moore, Ronald D./ Braga, Brannon Star Trek: Generations Script FINAL DRAFT, 16 Mars 1994 (http://www.imsdb.com/scripts/Star-TrekGenerations.html) Le capitaine idéal dans les années 90 pense au collectif à chaque décision qu’il prend mais il refuse de s’y soumettre aveuglément et conserve son libre arbitre. Il prend rarement, comme Kirk, une décision sans avoir consulté son équipage. Le héros américain est devenu un démocrate éclairé. Avec DS9, une dimension politique s’ajoute au héros qui devient négociateur et promoteur de la « Fédération des Planètes », une sorte de Nations Unies à l’échelle cosmique. Le héros dans Star Trek est toutefois dans les 2 séries et celles qui ont suivi un aventurier célibataire tout comme l’était Indiana Jones et la majorité des héros des années 80 (Kirk, le séducteur, premier de la lignée des capitaines de l’Enterprise, Jean-Luc Picard, le philosophe solitaire, Capitaine Janneway, toute aussi solitaire, dans « Star Trek Voyager », sorte d’Odyssée inversée avec une Pénélope perdue dans le quadrant delta à la recherche du chemin vers la Terre, le Commandant Sisko dans « Star Trek DS9 », veuf, qui élève seul son fils et qui devient l’émissaire des prophètes bien malgré lui). En effet, ce n’est que dans le film Star Trek: Generations, qu’apparaît la question de la filiation dans le mythe Star Trek dans le dialogue entre Kirk et Picard. Kirk apparaît comme un père fondateur, sans lequel l’histoire n’aurait pas eue lieu. De même dans le long métrage de 2009 : Star Trek de J.J. Abrams, créateur de la série Lost, l’histoire prend son cours, et permet au père de Kirk un acte de sauvetage héroïque qui lui coûtera la vie. de même Spok, l’ancien, après avoir voyagé dans le temps, vient en aide à sa version plus jeune. Ainsi, même si le l’histoire devient, grâce à Albert Einstein, compromise dans sa linéarité, des personnages de mentors prennent une dimension fondatrice non plus d’une nation, mais d’une fédération des planètes, qui rappellent une ONU qui fonctionnerait. Au respect des principes de la Charte de l’ONU (« Développer entre les 19 nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde »), s’ajoute toutefois un principe d’action militaire purement défensive. Ceci étant dit, la mission de ces capitaines est toujours présentée comme scientifique et interculturelle. Il s’agit de défendre les faibles si besoin est et d’explorer l’univers pour découvrir les différences et en tirer des leçons. Le héros fondateur et défenseur est donc le plus souvent présenté comme un être aussi sage qu’intrépide. Dans DS9 le commandant Sisko est même présenté comme un émissaire choisi par les prophètes, une entité extra-terrestre qui vit dans un trou de ver (tunnel spatio-temporel) dans une existence non linéaire. Leurs caractéristiques se rapprochent de nombreuses définitions judéochrétienne de la divinité : intemporalité, toute puissance, défense du peuple élu (les Bajorans pendant du peuple juif), puis des peuples élus (les membres de la Fédération), punition des forces du mal. La mère de Sisko est une de ces entités, venue sur Terre sous forme humaine. Ainsi le capitaine devient une sorte d’émissaire qui doit mener à bien le combat suprême entre la Fédération et les forces du mal du Dominion, sorte de fédération concurrente et bancale dans ses alliances aux relents nazis. Une certaine ambiguïté est toutefois conservée jusqu’au bout, la divinité des créatures du tunnel temporel restant ainsi incertaine. Il faut savoir que le créateur de Star Trek : Gene Roddenberry voyait Star Trek comme une histoire humaniste : « It was never hostile to the godly – religion is simply null, and irrelevant. » (Fern, Yvonne Gene Roddenberry: the last conversation: a dialogue with creator of Star Trek, Rev Upd Su edition, 1996) Le héros spatial des années 90 plus que jamais se doit de créer un monde meilleur et de progresser grâce à la découverte de l’autre : Benjamin Sisko: That may be the most important thing to understand about humans. It is the unknown that defines our existence. We are constantly searching, not just for answers to our questions, but for new questions. We are explorers. We explore our lives day by day, and we explore the galaxy trying to expand the boundaries of our knowledge. And that is why I am here: not to conquer you with weapons or ideas, but to coexist and learn. (DS9, Episode N°1 “Emissary”) Toutefois on est loin des idéaux hippies. Le guerrier est un diplomate mais il reste un guerrier. Un guerrier responsable : Benjamin Sisko: Part of being a captain is knowing when to smile. Make the troops happy! Even when it's the last thing in the world you want to do. Because they are your troops, and you have to take care of them. 20 Worf: Life is a great deal more complicated in this red uniform. Benjamin Sisko: Wait till you get four pips on that collar. You'll wish you had gone into botany. (DS9, Episode 18, Saison 4, « Rules of Engagement ») La société idéale du héros Malgré la fascination pour la technologie, le héros est avant tout humain, ce qui le rend enviable aux yeux de Data, l’androïde à bord du vaisseau Enterprise. Et qui plus est le capitaine est malgré son universalisme affiché un héros aux valeurs occidentales : c’est un individualiste qui considère l’assimilation dans un collectif, comme la pratique la race mi humanoïde, mi-machine des Borgs, comme la fin de sa civilisation. Le combat du héros dans Star Trek est aussi un combat pour amener les peuples rencontrés à reconnaître leur individualité, mais pas de manière caricaturale cette fois. Il ne s’agit plus du même type d’individualisme que prônait le capitaine Kirk. Si Jean-Luc désobéit parfois à sa hiérarchie lorsqu’il pense que des ordres sont immoraux, Kirk désobéissait par bravade et égocentrisme : KIRK (hard) I don't need to be lectured by you. I was out saving the galaxy when your grandfather was still in diapers. And frankly, I think the galaxy owes me one. (beat) I was like you once... so worried about duty and obligations that I couldn't see anything past this uniform. And in the end, what did it get me? Nothing. Not this time. Berman, Rick/Moore, Ronald D./ Braga, Brannon Star Trek: Generations Script FINAL DRAFT, 16 Mars 1994 (http://www.imsdb.com/scripts/Star-TrekGenerations.html) Les modes de société trop différents sont certes rejetés mais une tentative est entreprise pour les comprendre. Ainsi les Cardassians, un peuple guerrier fortement hiérarchisé qui a hérité des traits de l’axe germano-japonais pendant la 2 ème guerre mondiale, a des valeurs inacceptables pour tout peuple démocratique : « In Cardassian criminal trials the defendant is presumed guilty and in fact the punishment is already 21 decided before the trial begins; the purpose of the trial (effectively a show trial) is merely to help the defendant acknowledge his wrongdoing. In Cardassian mystery novels, everyone is always guilty, the puzzle being to work out who is guilty of what. » (Wikipedia « Cardassian, Janvier 2012) Le spectateur découvre en détail la culture de l’autre et ses motivations. Une coutume ou une tradition n’est pas rejetée par ignorance mais pour objection morale. The criminal was given a Conservator, equivalent to a public defender, except that the Conservator was not supposed to win but to prepare the criminal for a moving confession of guilt on the floor of the court. The accused was also permitted an advocate, the Nestor, to advise them during the trial. The Chief Archon, or judge, of the court played to a televised audience, their duty not to judge the prisoner's innocence or guilt, but rather to give an emphatic display of the futility of crime on Cardassia and reinforce the public's trust in the judicial system. (épisodes DS9: "Tribunal", "The Die is Cast") (“Cardassian” In Memory Alpha http://en.memory-alpha.org/wiki/Cardassian ) Extrait de l’épisode « Duet » de Star Trek DS9: « What you call genocide, I call a day’s work » : vidéo : http://www.officemagenta.net/wp-content/uploads/2012/01/A-Superb-ofCase-Villainy.mp4 (Rich, Lisa & Fauci, Jeanne Carrigan Script de l’épisode : http://www.st-minutiae.com/academy/literature329/419.txt) 22 (Source : Paramount : Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Cardassia Ce faisant les qualités des Cardassians aux yeux des humains sont reconnues : « most Cardassians look after both their children and parents with equal devotion » Extrait de l’épisode « Defiant » de Star Trek DS9: « When my son looks back on this day, the only thing he'll remember is that a Federation officer on a Federation ship invaded his home... and kept his father away from him on his eleventh birthday. And he won't look back with forgiveness... he'll look back with hatred. And that’s sad” (on notera que la dernière phrase citée à été ajoutée, cela souligne évidemment l’humanité de Gul Dukat, militaire cardassian de haut rang). Vidéo: http://www.officemagenta.net/wp-content/uploads/2012/01/Gul-Dukat-misses-his-sonsbirthday.mp4 (Moore, Ronald D. Script de l’épisode : http://www.st-minutiae.com/academy/literature329/455.txt) Il en va de même pour d’autres peuples comme les Ferengis, a priori répugnants de cupidité et de lâcheté (valeurs anti-héroïques par excellence aux Etats-Unis comme dans la plupart des pays) mais dont on découvre les qualités au fur et à mesure : leur attachement à la famille, 23 leur humour noir, leur bon sens. Les Ferengis sont connus grâce à leurs règles d’acquisition qu’ils aiment rappeler à tout un chacun à chaque occasion : N°76 : « Every once in a while, declare peace. It confuses the hell out of your enemies. », N°48 : « The bigger the smile, the sharper the knife. », N°208 : « Sometimes the only thing more dangerous than a question is an answer. » («Rules of aquisition » Memory Alpha http://en.memory-alpha.org/wiki/Rules_of_Acquisition) Le héros est ancré dans une société multi-raciale, multi-culturelle et il affirme ses valeurs et celles de son peuple sans condamner en bloc celles des autres. Il sait s’inspirer de préceptes étrangers, s’ils lui paraissent valides. Des sociétés perçues de prime abord comme paradisiaques révèlent ainsi des traits qui amènent régulièrement le capitaine à enfreindre le principe de non ingérence (1ère directive). Roddenberry’s quasi-utopian future was attained through the twin humanist beacons of science and moral development. Science fixed poverty with the « replicator » which can make almost anything almost instantly – surely the most desired device in science fiction – while humanity developed a way to bring the disparate races of the galaxy together without coercion or violence. Key to this was the Prime Directive, probably the most vaunted –and most violated – commandment in television. Always problematic, the Prime Directive stated that the Federation must not interfere with other cultures – except of course the Enterprise was forced to intervene in pretty much every episode. This core humanist message was hammered home over the series and the years: people are free to do as they will, but if they need help, you go help. (Andrew West et Ellis Collins « Humanist Hero: Gene Roddenberry », British Humanist Association, 26 Juin 2010, http://www.humanistlife.org.uk/2010/06/humanisthero-gene-roddenberry-by-andrew-west-and-by-elliscollins/) En effet, dans l’épisode « Justice » l’absence de crime sur une planète habitée par un peuple qui rappelle furieusement une colonie de hippies, les drogues en moins, apparaît de prime abord comme un progrès enviable. Toutefois l’équipage de l’Enterprise comprend très vite que le prix à payer est l’utilisation de la peine de mort pour de simples incivilités (un membre de l’équipage a écrasé par inadvertance un parterre de fleurs). Jean-Luc Picard est donc contraint d’enfreindre la 1ère directive et refuse de livrer à la justice locale le jeune coupable. En cela il admet 24 implicitement que le mode de société choisi par les habitants de cette planète est inacceptable pour tout membre de la Fédération et que toutes les sociétés ne peuvent pas être respectées. Un héros doit donc faire des choix difficiles qui ne seront jamais satisfaisants puisqu’ils l’amènent à faire ce qu’il voulait éviter : créer une hiérarchie des cultures. Toutefois les auteurs de The Next Generation garde encore l’insouciance et la superficialité des années 80 lorsqu’il s’agit de décrire un projet de société idéale. En effet, on peut dire que les planètes citées comme idéales sont presque toujours des sociétés pastorales, où régnent l’abondance, la bonté, les arts et distractions sans qu’on rentre dans les détails. La planète Risa est un bon exemple de l’idéal à achever : l’encyclopédie de Star Trek nous indique que Risa est une planète de villégiature de classe M, à l'origine plutôt hostile. En effet, géologiquement très instable, elle était secouée par de violents séismes et balayée par des orages et des pluies constants. Mais les Risans ont développé un système extrêmement sophistiqué de régulation sismique et de contrôle du temps transformant leur planète en un lieu paradisiaque, qui attire les touristes des 4 coins de l’univers. L'absence d'inhibition à l'égard du Jamaharon (relations sexuelles) est sans aucun doute le 2ème pot de miel de cette étape dont l’évocation du seul nom provoque des clins d’oeil entendus chez tous les peuples utilisant ce mode de communication. (Source : Paramount. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) La planète Risa 25 Enfin, l’atmosphère détendue et la consommation d’alcool coloré achève de rappeler à tout Américain son 50ème Etat (ou état, selon l’interprétation qu’on voudra faire du mot) : Hawai’i ! : « A Risan mai-tai was an orange cocktail beverage garnished with two fruits served on Risa. Malcolm Reed and Trip Tucker ordered Risan mai-tais when they spent two days on the planet in early 2152. Tucker later wondered whether his headache was caused by the mai-tais or by getting shot. (ENT: "Two Days and Two Nights") » (http://en.memory-alpha.org/wiki/Risan_mai-tai) Statuette Horga'hn pour le Jamaharon 26 Statuette Horga'hn pour le Jamaharon dans un hôtel de Risa (Crédit : Paramount. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L513-6 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Risa est donc l’oasis dans le désert, le repos du guerrier avant les grandes batailles, mais aussi un projet de société naïf. Devons-nous être surpris si Risa, ce Hawai ‘i de pacotille, est le point de départ d’une aventure archéologique héroïque du capitaine Jean-Luc Picard ? En effet, le côté Indiana Jones de l’expédition est parfaitement adapté aux décors de parc d’attraction de l’épisode. Tout y est. On démarre avec un beau plan sur une statuette d’inspiration terrienne et plus précisément polynésienne (cette région aux moeurs libertines aux yeux des colons et missionnaires), la caméra se porte ensuite sur une statuette inspirée de l’antiquité grecque (pendant débauché respectable car raffiné du monde africain). Cependant il ne serait pas juste d’accuser Star Trek d’une vision colonialiste : il semble évident dans cet épisode que ces symboles ont été repris naïvement, c’est-à-dire pour leur connotation sexuelle, sans référence directe à ces cultures, ni sentiment de supériorité. La statuette grecque et la statuette polynésienne, qui, de concert avec les vêtements kitsch portés par les vacanciers, rappelle la mode tiki des années 50-60 aux Etats-Unis et sont à considérer ici comme un élément du décors exotique, décoratif et passe-partout. On assiste à un patchwork de cultures terriennes, dont les côtés les plus « attirants » ont été retenus. La phrase d’accueil de l’ordinateur : « All what is ours is yours » rappelle ainsi l’expression latino « Mi casa es su casa ». Cet 27 échantillonnage superficiel des côtés pittoresques de diverses cultures définit Risa comme un lieu dont le seul but est le plaisir et le confort et qui plaît ainsi à tous. Le problème est que cela ne fait que renforcer la similitude avec Hawai’i, puisque l’archipel est largement perçu par Hollywood comme un endroit où coule le lait et le miel, sans culture complexe qui viendrait compromettre l’expérience balnéaire. Toutefois dans Star Trek DS9, le monde réel s’invite et entame les fantasmes de ses visiteurs : en 2373, lors d'un séjour des membres de la station spatiale DS9 (Jadzia Dax, Worf, Julian Bashir, Leeta et Quark) sur Risa, un groupuscule essaie de détruire les systèmes de régulation de la planète, afin de démontrer que cette énergie, gaspillée pour le seul plaisir de touristes, devrait être consacrée à la lutte contre le Dominion (Star Trek : Deep Space Nine : « Let He Who Is Without Sin.. »). Cette critique rappelle celle que l’on entend de plus en plus à Hawai’i qui consacre des ressources énormes au plaisir du touriste. Dans la décennie qui va suivre, cette prise de conscience du héros va remplacer le paradis fictif par une recherche spirituelle. Lost Lost est un excellent exemple de ce type de séries. A la base cette histoire de Robinson Crusoé se transforme en combat biblique entre les forces du bien et du mal. Le vol 815 d’Oceanic s’écrase sur une île (déserte ?) du Pacifique. Une quarantaine de passagers survivent miraculeusement et attendent les secours. Comme ils avaient dévié du plan de vol, personne ne vient à leur secours sur cette île qui semble éloignée de tout. La survie s’organise, malgré des menaces constantes (un mystérieux monstre de fumée noire, des ours polaires, les Autres, habitants peu commodes de l’île). En explorant l’île les survivants vont découvrir les vestiges de la Fondation Dharma, une ancienne communauté de scientifiques vaguement hippie installée sur l’île dans les années 70, avant de faire plus ample connaissance avec les Autres. Ceux-ci ont un leader, passablement sadique qui prétend obéir à Jacob (on ne sait pas trop quel statut lui donner. Celui-ci n’apparaît que dans la dernière saison. Il apprend aux survivants encore présents sur l’île, qu’ils sont des candidats sélectionnés de longue date pour sauver l’île et l’humanité avec elle. Spiritualité du héros Lost est une série qui emprunte énormément au Christianisme. Jacob est le gardien/leader de l’île qu’on ne voit pas mais auquel les Autres obéissent aveuglément. On peut voir dans cette obéissance une manifestation de la foi en un Dieu, un Créateur. Locke, le chasseur philosophe et Jack, le chirurgien, si cartésiens, vont finir par obéir à Jacob également. Locke, qui était en fauteuil avant l’accident s’est levé et a marché sur la scène du crash. Il n’est donc pas surprenant qu’il soit le 28 premier à croire en une destinée, jusqu’à agacer les autres survivants avec ses convictions. Plus tard le spectateur apprend que Jacob a le pouvoir d’accorder la vie éternelle (mais il ne peut ramener les morts à la vie). L’ambiguïté demeure donc quant à sa nature. Il a un frère : Celui sans nom (sa naissance n’ayant pas été prévue). Jacob croit que l’être humain est bon, même s’il commet parfois des actes mauvais, Celui sans nom croit que l’être humain est fondamentalement corrompu. On a donc ici l’opposition biblique entre les forces du bien et du mal : Dieu et le Diable, Abel et Caïn, la Lumière et l’Obscurité. Jacob ayant soigneusement sélectionné les survivants bien avant leur arrivée sur l’île, on pense ici aux apôtres comme le confirme d’ailleurs la campagne de publicité d’ABC : Source ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Jacob ne désigne pas son successeur. Le libre arbitre est un élément clef tant de la religion chrétienne que de la notion d’héroïsme. et Jack se porte volontaire. D’ailleurs Jack Shephard (shepherd = le berger) est le premier 29 personnage héroïque, et c’est à lui que sont consacrées la 1ère et la dernière image de la série. On le voit courir d’une victime à l’autre pour les secourir et il devient, bien malgré lui, le leader logique des survivants (dans un des derniers épisodes, Celui sans nom se moque en ces termes lorsqu’il découvre qu’il est un des « élus » et qu’il se porte volontaire pour sauver l’humanité à la place de Jacob : « Jack, how disappointing, you were the obvious choice ») : Vidéo (utilisez la fonction zoom de votre navigateur pour augmenter la taille du lecteur): http://www.officemagenta.net/wpcontent/uploads/2012/01/LOST-Season-1-Beginning-Pilot-Part-1.mp4 Jack (à gauche), héros de la 1ère heure. Source : ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Pour ce qui est du cheminement du/des héros de cette série, on retrouve la notion de héros malgré lui : Remarkably, many of TV's mythology shows are contemporary iterations and revisions of the sort of archetypes Joseph Campbell once mapped out. Most of them are built on Campbell's Hero journey -- the Hero's initial refusal of the call, for example, which last week found Jack (Matthew Fox) on Lost vehemently -- but temporarily -- rejecting his role as leader of the 30 survivors. (Matthew Gilbert « Getting 'Lost' Show pursues TV's most elusive genre -- mythology. Or maybe that's not it all. » Globe Staff, 27 octobre 2004) En effet les 12 étapes de l’épopée héroïque selon le professeur, écrivain, orateur, anthropologue et mythologue américain Joseph Campbell sont respectées dans Lost, ce qui n’est sans doute pas un hasard, les écrivains ayant fait preuve d’une culture générale impressionnante (les références littéraires parsèment la série et font définitivement sauter la barrière qui sépare oeuvres populaires et le canon littéraire): 1) Le héros dans son monde ordinaire : il s'agit d'une introduction qui fera mieux ressortir le caractère extraordinaire des aventures qui suivront 2) L'appel à l'aventure, qui se présente comme un problème ou un défi à relever 3) Le héros est d'abord réticent, il a peur de l'inconnu 4) Le héros est encouragé par un mentor, vieil homme sage ou autre. Il n'accompagnera pas le héros qui doit affronter seul les épreuves. 5) Le héros passe le « seuil » de l'aventure, il entre dans un monde extraordinaire, il ne peut plus faire demi-tour 6) Le héros subit des épreuves, rencontre des alliés et des ennemis 7) Le héros atteint l'endroit le plus dangereux, souvent en profondeur, où l'objet de sa quête est caché 8) Le héros subit l'épreuve suprême, il affronte la mort 9) Le héros s'empare de l'objet de sa quête. 10) Le chemin du retour, où parfois il s'agit encore d'échapper à la vengeance de ceux à qui l'objet a été volé 11) Le héros revient du monde extraordinaire où il s'était aventuré, transformé par l'expérience 12) Le retour dans le monde ordinaire et l'utilisation de l'objet de la quête pour améliorer le monde (donnant ainsi un sens à l'aventure) La dernière étape est toutefois laissée au spectateur à qui la tâche incombe de tirer les leçons de l’épopée. Mais le héros n’est plus un individualiste : l’île et avec elle le monde sont sauvés par 3 personnes (Desmond, le clairvoyant qui prépare le chemin, Jack, figure messianique qui se sacrifie pour racheter l’humanité (il est blessé au flanc droit comme le Christ d’après la Bible) et Hurley, le gardien, qui reprend le flambeau de Jack et garde l’île). Et avant eux, il y a John Locke, nommé d’après le philosophe anglais de la « tabula rasa », sorte de mentor/prophète qui parvient à convaincre les autres qu’ils ont une destinée à accomplir : « You know that you’re here for a reason. You know it. And if you leave this place, that knowledge is gonna eat you alive from the inside out...until you decide to come back » (Lost Encyclopedia, p.175) Le second héros est Desmond Hume, un personnage arrivé sur l’île antérieurement aux survivants du crash qui, après maintes réticences, voit lui-aussi sa destinée dans ce combat entre le bien et le mal. Son nom 31 est une allusion au philosophe David Hume, historien et philosophe empiriste, défenseur de la tolérance et de la liberté de pensée qui n’écarte pas complètement l’idée de déisme mais semble rejeter les religions monothéistes. Après avoir survécu à des ondes électromagnétiques extrêmement puissantes auquel aucun être humain ordinaire n’aurait survécu (sans doute grâce à son exposition préalable dans la station Dharma et on retrouve là l’accident de laboratoire qui donne naissance aux super-héros), Desmond a une révélation. Il connaît à présent sa destinée, il ne doute plus : Vidéo (utilisez la fonction zoom de votre navigateur pour augmenter la taille du lecteur): http://www.officemagenta.net/wp-content/uploads/2012/01/LOSTDesmond-agrees-to-go-with-Sayid-6x11-Happily-ever-after.mp4 Ce sera également lui qui rassemblera les « brebis égarées » (n’oublions pas le titre de la série « Lost ») dans leur vie après l’île et les aidera à se souvenir de leur passé commun. Enfin Hurley, celui qui voit les morts, don dont il se passerait bien, sera le 3ème personnage à sauver l’île car il accepte d’en être le gardien après la mort de Jack et le départ de Desmond. Jacob et son frère, Celui sans nom Source : ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Eko, un prêtre survivant qui apparaît plus tard dans la série (l’avion s’est écrasé sur 2 sites), construit une église sur la plage car il y voit son devoir et sa destinée. L’église ne sera pourtant jamais terminée et Eko 32 l’abandonne pour affronter le monstre (manifestation de Celui sans nom). Dans une vision de Charlie, un autre héros qui s’est sacrifié pour la survie de son amie Claire et de son bébé, né sur l’île, celle-ci apparaît sous les traits d’un ange lui enjoignant de sauver son enfant. Source : ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Desmond a lui aussi des visions mais de la mort de Charlie. Il parvient à empêcher plusieurs visions de se réaliser mais il rappelle à Charlie ce que Eloise Hawking, une mystérieuse femme lui avait dit : « The universe has a way of course-correcting itself ». Charlie comprend que sa destinée est de se sacrifier. Enfin la série se termine dans une église : Jack y apprend que la vie tranquille qu’il croyait mener est fictive. Au contact du cercueil de son père, il se souvient de sa vie réelle et sa mort sur l’île. Il n’est donc que de passage dans un entre-deux, une anti-chambre vers l’au-delà, qu’il ne pouvait pas quitter tant qu’il ne s’était pas souvenu de sa vie passée. Cette existence fait penser au purgatoire et l’au-delà, suggéré par une lumière aveuglante renvoie à l’idée du paradis chrétien, mais rien n’est certain. Dans le dernier épisode Jack demande à son père : « Where are we going? ». Celui-ci lui répond : « Let’s go find out » Si l’on observe le vitrail derrière Christian Shephard, le père de Jack au nom si significatif, on s’aperçoit qu’il comporte les symboles de différentes religions : le christianisme, le judaïsme, l’islam, le taoïsme, le bouddhisme, l’hindouisme. En effet, les héros nombreux de cette série 33 appartiennent à différentes religions et leur sacrifice ne peut donc pas être expliqué par une religion particulière. D’ailleurs lorsque Kate, une des survivantes et âme soeur de Jack, apprend le nom de son père, elle réagit avec une incrédulité ironique : « A man named Christian Shephard, seriously? » Vidéo (utilisez la fonction zoom de votre navigateur pour augmenter la taille du lecteur): http://www.officemagenta.net/wp-content/uploads/2012/01/lost-fin.mp4 Science et Globalité La notion de destin n’est pas limitée à la sphère du spirituel ou de la religion. Elle est aussi liée à la science. Lost introduit ce rapport dans la série à travers le physicien Daniel Faraday, spécialisé dans les voyages temporels. Sans son aide, nos héros n’auraient pas pu accomplir leur destinée. Son nom renvoie bien sûr au physicien Michael Faraday, spécialiste en électromagnétisme. Sa mère, Eloise Hawking renvoie quant à elle au physicien Stephen Hawking et sa théorie des trous noirs et des trous de vers. En effet, les propriétés électromagnétiques de l’île seraient théoriquement en mesure de créer un trou de ver (abondamment utilisé dans Star Trek, série que Stephen Hawking apprécie et dans laquelle il a joué son propre personnage), or un trou de ver permettrait le voyage dans le temps d’après Stephen Hawking. Le déplacement temporel de l’île s’explique donc, cependant sa mise en oeuvre reste un mystère et inscrit Lost dans le genre des récits spéculatifs « What if ? » : While the wormhole theory might seem more likely given what we know about the Orchid Station, the amount of energy needed to move an island through a wormhole, Kaku says, is immense— you’d need the positive energy of a star and negative energy with a mass the size of Jupiter just to create a wormhole big enough for a person— and you’d need very advanced technology millions of years beyond our own to do it. (McCarthy, Erin « Lost’s Island Electromagnetic Enough to Move Itself Through Space? Time-Travel Expert Says It’s Not Impossible », Popular Mechanics, 12 Mai 2008) Les survivants passent ainsi leur temps a tenté de comprendre les énigmes scientifiques qui se présentent à eux. Il est clair que cela fait partie de leur cheminement. Sans la science ils n’auraient pas retrouvé le chemin de l’île. Sans elle l’île ne se déplacerait pas dans le temps et aurait été découverte. 34 Vidéo (utilisez la fonction zoom de votre navigateur pour augmenter la taille du lecteur): http://www.officemagenta.net/wp-content/uploads/2012/01/Lost-5x11Hurey-and-Miles-Talk-Time-Travel.mp4 Mais ce sont surtout des éléments transmédias non indispensables à la compréhension de la série mais qui approfondissent certains points du récit qui inscrivent les recherches scientifiques de la fondation Dharma dans la destinée. Or la fondation Dharma ne semble pas avoir d’affinités pour la religion. Quant au spirituel, il reste cantonné à une philosophie hippie-new-age pas toujours très charitable lorsqu’il s’agit de défendre la fondation contre des intrus réels ou non. Or, la portée et le réalisme du projet Dharma, financé par une certaine fondation Hanso, sont renforcés par ces éléments transmédias qui, en permettant à la série de dépasser le cadre de la TV qui lui a été dévolu, créent le doute quant à la fictionnalité de Lost. A similar effort unfolded in collaboration with ABC’s Jimmy Kimmel show on the night of May 24, a few hours after the Lost season finale, when Kimmel conducted a brief interview with an actor portraying McIntyre. In the interview, McIntyre attempted to present the Foundation as an actual, legitimate organization, which Lost’s producers had incorporated (and misrepresented) in the fictional narrative of the show... (...) during the Lost discussion panel at the San Diego ComicCon, an actress portraying Rachel Blake grabbed a microphone and accused Lost’s producers of collusion with the Hanso Foundation. Before being escorted out by event security, Blake implored the crowd to discover the truth for themselves by visiting hansoexposed.com (Askwith, Ivan/Jenkins, Henry/Green, Joshua et Crosby, Tim Deconstructing The Lost Experience In-Depth Analysis of an ARG, Comparative Media Studies at MIT, http://www.ivanaskwith.com/writing/IvanAskwith_TheLostExperienc e.pdf) 1) Des mini-épisodes ont ainsi été créés pour les smartphones. 2) Des sites internet bidons ont été mis en ligne : - pour la compagnie aérienne fictive « Oceanic », ainsi que des campagnes d’affichage à travers les Etats-Unis, en Corée du Sud, en Australie qui ne manquent pas d’ironie : ` 35 - pour le groupe de rock d’un des personnages : Drive Shaft, plusieurs sites pour la fondation Hanso Alvar qui aurait financé un projet de recherche en sciences sociales sur l’île : la fondation Dharma : un site sur l’élevage du Labrador et son utilisation pour manipuler des hommes politiques, des offres d’emploi fictifs publiés en collaboration avec un site authentique : Monster.com, le site de la fondation Hanso : Source ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) 36 Source ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) 3) Des vidéos ont été distribuées sur le net en fragments (et reprises dans les bonus de l’édition DVD/Blu-ray). De fait, seules les vidéos de Alvar Hanso permettent de mieux comprendre les raisons d’être de la Fondation Dharma (empêcher la fin du monde). La vidéo complète inclut un 37 reportage clandestin qui révèle que la fondation Dharma ou du moins certains membres ont décidé d’éliminer 30% de la population grâce à un nouveau virus afin de modifier un des paramètres (la population) de l’équation qui doit mener à la fin du monde. Nos héros ici ont donc du sang sur les mains : leur but est honorable mais les moyens utilisés sont destructeurs et moralement condamnables. Dans la série il apparaît toutefois que peu de membres de la fondation sont au courant du projet viral. La fondation dharma qui s’appuie sur la science pour sauver le monde et accomplir sa destinée tempère donc le rôle de la religion : Voir la vidéo complète ici : http://www.officemagenta.net/wpcontent/uploads/2012/01/HansoExposed-98-70-FragmentsComplete.mp4 (utilisez la fonction zoom de votre navigateur pour augmenter la taille du lecteur) Source ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur.En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) - le site d’une fausse journaliste, Rachel Blake, qui prétendait enquêter clandestinement sur des activités criminelles de la fondation Hanso, Les références à l’ONU qui serait au courant des prédictions de fin du monde contribuent donc à ancrer la notion de destinée à accomplir à travers la science et un credo humaniste (les mots « compassion » reviennent régulièrement) du moins dans ses intentions de départ dans 38 le monde réel. It's a singular moment: The show that began as a story of people marooned on a tropical island has exploded into a sprawling tale about life choices, redemption, time travel, unrequited and requited love, the nature of spirituality versus reason and the existence of alternate realities. (Eric Deggans « 'Lost' finale faces dilemma familiar to fans of other iconic series », Tampa Bay Times 21 Mai 2010) So let’s just say it’s about destiny. And metaphysics. And quantum physics. And leadership, torture, time travel, synchronicity, Skinner boxes, geodesic domes, polar bears, doomsday equations, comic books, the Casimir effect, and the no-less-potent Cass Elliot effect. It was weird. Even weirder: It was a hit. A towering, mainstream megahit. You’d think a show like this could happen only in some alternate television universe. Maybe so. Maybe for the past six years we’ve been living in that universe. (Scott Brown « As Lost Ends, Creators Explain How They Did It, What’s Going On », Wired Magazine, April 19, 2010, www.wired.com/magazine/2010/04/ff_lost/all/1) 4) Des personnages fictifs sont apparus comme invités dans des émissions TV ou lors d’événements publics pour renforcer le doute sur la réalité de la Fondation Hanso. 5) Pour compléter l’expérience des produits ont inventés pour la série (la barre chocolatée Apollo) ont été distribués au public, un faux roman d’investigation a été publié. 39 Source ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Ces éléments extérieurs à la série brouillent la frontière entre fiction et réel et forcent le spectateur à s’interroger sur son environnement: et s’il y avait bel et bien conspiration ? Et si la série Lost n’était qu’un outil promotionnel pour une fondation aux vues mystérieuses ? La société idéale ? Fait marquant : cette production, comme de nombreuses avant elle, a un lien avec Hawai’i : tout d’abord limité au rôle de décors à fantasmes (Indiana Jones, Fantasy Island, Star Trek), l’archipel est devenu le théâtre de l’action, même s’il reste désincarné. On peut faire un parallèle avec le frère de Jacob : « Celui sans nom ». Les leçons à tirer de « Lost » auraientelles donc un lien avec l’archipel ou avec la façon dont ce lieu a été utilisé ? Les producteurs avaient envisagé de tourner la série en Californie ou en Nouvelle Zélande mais ils ont finalement choisi Hawai’i car une série sur une île du Pacifique devait selon eux être tournée sur une île du Pacifique (dixit Damon Lindelof dans les bonus de l’édition complète). C’est un choix inhabituel pour Hollywood, qui l’a montré puisque Indiana Jones ne s’embarrassait par exemple pas beaucoup jusqu’ici d’exactitude ou d’authenticité. D’ailleurs pour la 1ère fois, le héros messianique télévisuel ne semble pas extérieur. Sa venue est inscrite dans la fabrique de l’île, mais contrairement aux conquistadors, dont la venue était également perçue par les populations indigènes d’Amérique du Sud comme inscrite dans la 40 destinée de leur monde, le messie de Lost ne sait pas fonctionner dans son monde d’origine. Il y vit comme un poisson hors de l’eau et la destruction l’y accompagne sans relâche (mort du père, d’une patiente dont il était proche...). Lorsque Jack quitte l’île, il comprend qu’il appartient à l’île, que sa destinée est d’être le héros qui sauvera le monde sur cette île, qu’il en fait partie intégrante. Il essaie de convaincre ses compagnons de voyage d’y retourner afin d’accomplir leur destinée. Le héros n’est donc plus un explorateur ou un politicien mais dans une Amérique qui se cherche après le 11 septembre et le mal de crâne causé par la vision simpliste du monde de G.W Bush et ses conséquences, il est devenu un héros tragique, parti dans une quête spirituelle. Il est à présent véritablement ouvert au monde, à l’inconnu, même menaçant et rien n’est simple. Le manichéisme est complètement évacué de cette série et le génocidaire d’hier ou les tortionnaires américain et irakien peuvent se repentir et finir en héros se sacrifiant pour l’humanité. Multitude de héros Cet esprit collectif renvoie là encore à l’identité de l’archipel d’Hawai’i : à son multiculturalisme à forte composante asiatique (les personnages parlent leur langue native, qui est sous-titrée, fait rarissime à la TV US, et non pas tous l’anglais), sa nature tourmentée et paradisiaque à la fois, son mélange de nature primitive et de sophistication technologique, son côté touristique (les naufragés y jouent au golf, activité de prédilection des touristes dans l’archipel !), scientifique (la station Dharma est aux sciences sociales ce que les observatoires du mont Kilauea sont à la physique astronomique), les personnages à moitié fous qui ont survécu dans la jungle renvoient à la population hippie des jungles du district de Puna sur la grande île (d’ailleurs les idéaux 68ards des colons de la fondation Dharma s’inspirent clairement de l’influence hippie dans l’archipel, qui rappelons le à tout hasard, a une législation sur les drogues douces très permissive, ce qui a peut-être inspiré la scène de la découverte dans la jungle d’un avion regorgeant de drogue dans la 1ère saison). 41 Source ABC. Cette image est une soumise au droit d'auteur. En France, sa mise à disposition est autorisée dans la limite des droits accordés par l'article L5136 du Code de la propriété intellectuelle et est reproduite ici en vertu de ces droits.) Hawai’i est bel et bien au centre de cette épopée. On peut dire que l’archipel est l’Etat le moins individualiste des USA. Toutefois le mythe moderne hawaïen comme lostien ne s’appuient pas sur le passé : Hawai’i ne compte plus que 20% de population polynésienne et la mise sous perfusion des anciens mythes fondateurs auteur de reines et de rois héroïques semblent condamner à s’estomper au profit de nouveaux mythes fondateurs s’appuyant sur la société moderne faite d’immigration asiatique, d’interculturalité, de guerre mondiale, de lendemains économiques qui chantent à la porte de l’Asie, de séries TV aventurières, de mode tiki, si prisée des touristes continentaux, nostalgie du temps serein, où Walt Disney a ouvert son premier parc d’attraction et où on s’extasiait devant des robots culinaires, car la technologie avait un visage souriant, de consumérisme effréné, d’une agriculture largement tournée vers l’exportation. On notera que cet intérêt pour Hawai’i comme laboratoire de l’humanité n’est pas vu d’un bon oeil par certains traditionnalistes polynésiens qui ne se voient pas de destinée commune avec le continent américain : Just five hours away by plane from California, Hawai’i is a thousand light years away in fantasy. Mostly a state 42 of mind, Hawai’i is the image of escape from the rawness and violence of daily American life. Hawai’i-the word, the vision, the sound in the mind-is the fragrance and feel of soft kindness. Above all, Hawai’i is “she,” the Western image of the Native “female” in her magical allure. And if luck prevails, some of “her” will rub off on you, the visitor. (Haunani-Kay Trask From a native daughter: colonialism and sovereignty in Hawaiʻi, University of Hawai’i Press, 1999. Haunani-Kay Trask est professeur d'études hawaïennes à l'Université de Hawaii. Nationaliste hawaïenne, elle est co-fondatrice et militante de Ka Lahui Hawaii, principale organisation prônant la souveraineté hawaïenne.) Alors Hawai’i est-il l’avenir culturel des USA ? Ou faut-il le chercher à Hollywood ? Il semblerait que les valeurs du héros américain restent ancrées dans une vision mystique que le continent partage avec son 50ème Etat et qui le distingue des valeurs de sociétés européennes notamment, où la religion et le mythe n’ont plus vraiment leur place et où les « récits héroïques » sont abandonnés pour être adaptés par Hollywood. Ce qui est certain, c’est que l’homme idéal et la société idéale restent une fiction, mais une fiction qui en dit long sur l’identité américaine contemporaine. L’Amérique d’aujourd’hui ne se reconnaît donc plus dans un héros-loup solitaire, mais dans une communauté. Aujourd’hui le héros américain est hawaïen. 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Coraghessan The Tortilla Curtain, Viking Press, 1995. - Encyclopédie Marvel : « Article Captain America - Steven Rogers » http://marvel.wikia.com/Captain_America_(Steven_Rogers) - Nanarland, http://www.nanarland.com/glossaire.php?lettre=H&def=104 -Smith, Greg M. « The Superhero as Labor The Corporate Secret Identity » In The Comic Book Superhero, Routledge, 2008. Indiana Jones -Anonyme « Verwirrung um "Indiana Jones": Mexiko oder Peru? Hauptsache Hollywood! », SPIEGEL ONLINE, 29 Mai 2008 www.spiegel.de/kultur/kino/0,1518,556315,00.html -Clark, Noelene « ‘Raiders of the Lost Ark’ exhibit whips up Hollywood and history » LA Times, 24 Août 2011. - Cloud, John « The Top 10 Everything of 2008. A yearbook of all the top events you've been talking about », Time Magazine, 3 Novembre 2008, http://www.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,1855948_186 4100_1864105,00.html) - Collett-White, Mike « Critics cheer return of Indiana Jones », Reuters, 18 Mai 2008 - Ella, Shohat et Stam, Robert Unthinking Eurocentrism. Multiculturalism and the media. London and New York, Routledge, 1994, p.124). - Fischer, John « Hawaii's Big Island Becomes Peru. ‘Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull’ » Filming Locations, About.com Guide : http://gohawaii.about.com/od/hawaii_media_guide/a/crystal_skull.htm - Holtorf , Cornelius « Hero! 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