Une francophonie des îles à sucre ? : Antilles et Mascareignes more

Nathalie Schon Une francophonie des îles à sucre ? Actes du colloque international de la AIEFCOI (Association Internationale d’Etudes Francophones et Comparées sur l’Océan Indien), Le(s) discours francophone(s) sur l’Océan Indien, University of Mauritius, Juillet 2002. Dans les universités comme dans les médias la francophonie connaît un succès croissant fait de nouveaux cursus et de collections littéraires diverses. Des espaces aussi variés que le Québec et Tahiti se découvrent parents francophones car locuteurs d’une même langue. A l’intérieur de la famille francophone, il faut pourtant bien distinguer des divergences nées de l’Histoire ; ne peut-on pas ainsi regrouper de façon plus précise et plus pertinente les îles à sucre de l’ancien empire français qui partagent l’héritage de sociétés créolophones et francophones de plantation ? En effet, certains auteurs estiment que le cadre de la francophonie est parfois restrictif voire étranger à leurs aspirations culturelles car il négligerait les apports non francophones. Il paraît donc important d’étudier également les alternatives proposées dans les départements français de l’Océan Indien et des Antilles françaises. Le statut du créole et du français et l’importance accordée à l’une comme à l’autre langue est à cet égard révélateur, la francophonie se définissant comme une famille culturelle née d’unrapport partagé à la langue française. Ce rapprochement semble d’autant plus fructueux que l’auteur réunionnais Axel Gauvin s’est joint à l’écrivain martiniquais Raphaël Confiant dans la défense de la langue créole face à la suprématie du français dans les îles. Doit-on en déduire un rapport identique à la francophonie ? Les œuvres littéraires illustrent des approches différentes : les écrivains de l’Océan Indien, Axel Gauvin en particulier, approchent la question identitaire d’une façon plus individuelle, conciliant créolité et une certaine francophonie universelle, non parisienne, qui se traduit par une description psychologique plus importante des personnages, tandis que bon nombre d’écrivains martiniquais comme Raphael Confiant s’intéressent plus à la défense du créole comme langue authentique d’un milieu populaire en opposition au français : la politisation de l’œuvre littéraire entraîne dans ce cas un rapport conflictuel avec la métropole et ses institutions et la création d’une francophonie d’opposition, se plaçant sous le signe d’une régionalisation linguistique et culturelle. Le problème de la langue La situation antillaise est très complexe, car le rapport à la francophonie s’exprime non seulement à travers une littérature créole et une littérature française en Guadeloupe, mais aussi à travers une littérature française créolisante et une littérature française et créole en Martinique, le cas martiniquais divergeant le plus de l’approche d’Axel Gauvin et de la plupart des auteurs de l’Océan Indien d’ailleurs. Ce qui frappe de prime abord le lecteur de littérature antillaise est la réapparition récente des publications en créole : Raphaël Confiant, qui avait abandonné l’écriture en créole dans une volonté d’être lu par un plus grand nombre, renoue ainsi avec l’écriture en créole. La Martinique semble particulièrement réceptive à présent à ce type de littérature. En tout cas, il s’agit d’un nouvel essai jugé prometteur dans le cadre du développement du GEREC (Groupe d’Études et de Recherches en Espace Créolophone créé en 1975 par Jean Bernabé. Raphaël Confiant est le responsable des publications du GEREC). Dans cette perspective, la logique des auteurs martiniquais est une logique de confrontation idéologique et culturelle. Ainsi, la traduction en français “ standard ” des textes martiniquais en créole vise non pas la pluralité des langues au sein de l’espace créole, mais la conquête de l’espace littéraire local par le créole, la traduction étant considérée comme une béquille amenant le lecteur vers le texte originel. Cette entreprise a pour objet de rendre une tradition orale par l’écriture, à qui l’on accorde une fonction de transcription et non de création. Cette volonté ethnologique se retrouve dans les œuvres créatrices des auteurs martiniquais qui font une large part à l’enregistrement des traditions antillaises. On ne peut donc pas parler de deux versions d’une histoire, mais d’une version transposée dans une autre langue. Le récit créole est ainsi placé au centre, la traduction étant par nature secondaire. Il n’est qu’à citer quelques passages de “ Pipich pawòl ”, “ Menus propos ” en français pour se rendre compte de la volonté de reproduire le créole, afin d’amener le lecteur vers le texte “ premier ” : Texte en créole : Doubout ora isiya menm, wou kika chaché bon nyouz ki ké sa fè’w tjenbé londjè chenn la jounen-an. Wou ki lé jwenn ti listwa grandisèz ki ké sa ba’w lanmen pou monté mach la konésans. Wou ki sa koumandé pawòl – ba’w lè – pou risouvrè’w grangrèk. (1) Traduction en français : Arrêtez-vous ici même, sans autres limites, vous qui êtes à la recherche de grandes épopées capables de vous faire tenir la mesure d’une journée sans vous lasser de sa longueur. Vous qui recherchez des histoires performantes qui vous aideront à grimper les hauteurs de la connaissance. Vous qui savez faire pression sur la parole pour qu’elle sache vous recevoir aux rangs des érudits grands grecs. (2) Il n’est pas inutile de savoir que Térèz Léotin est un membre fondateur du journal créole Grif-an-tè, qui parut de 1977 à 1982, et dont le but était de promouvoir l’écriture du créole dans l’esprit du GEREC (Groupe d’Études et de Recherches en Espace Créolophone) créé en 1975 par Jean Bernabé. Raphaël Confiant, responsable des publications du GEREC fut un contributeur régulier aux pages littéraires et auteur de reportages sociaux pour Grif-an-tè. À l’heure actuelle, le GEREC contribue à travers ses publications et son engagement en faveur du CAPES de créole à défendre cette langue, même si les auteurs békés n’adhèrent pas souvent à cette position : Notre créole est assurément un signe de reconnaissance, un lien intangible et vivace de notre société antillaise. Pour toutes ces raisons, je ne le considère pas en danger d’extinction. Que tous ceux qui souhaitent s’enrichir en l’apprenant, en l’enseignant, en passant CAPES ou agrégations soient libres de le faire, mais le dispositif législatif actuel semble amplement suffisant pour cela. (3) Une polémique s’est dégagée confrontant les créolistes aux chercheurs métropolitains jugés hostiles à leur cause. Ainsi, une publication de Robert Chaudenson qui exprime ses réserves dansLibération en ce qui concerne les modalités du choix d’un créole “ standard ” est aussitôt suivie par des prises de position extrêmement violentes de la part du GEREC, notamment dans l’article “Chaudenson et le mammouth”. Ces articles soulèvent la question d’un standard : sera-t-il fondé sur le créole martiniquais ? le guadeloupéen ? le guyanais ? Le créole basilecte ? acrolecte ? mésolecte ? Ces interrogations qui semblent relever du détail adressent de fait une politique culturelle précise : le choix d’un créole “ standard ” commun aux trois régions qui conserveraient leur dialecte ne met pas un terme au débat, puisqu’il faut bien choisir un “ standard ” qui finira par s’imposer. Aussi, la question des modalités du choix de ce créole est bel et bien fondée. L’importance du GEREC dans l’organisation du CAPES de créole et la virulence des échanges laissent augurer d’un choix politique conflictuel (4). On notera toutefois que cette stratégie de promotion du créole est également critiquée par certains linguistes, notamment par Lambert-Félix Prudent. En effet, celle-ci a tendance à imposer au débat une alternative : créole régionalisé (créole martiniquais et créole guadeloupéen) ou hégémonie du créole martiniquais occupant ainsi la place tant décriée du français. Or, il n’y a pas un créole, mais des créoles. Il semble donc difficile d’établir un programme national de créole. Lambert Félix Prudent doute de l ‘efficacité de la transcription du créole adoptée par le GEREC, à partir des travaux de Jean Bernabé, même auprès d’un lectorat local, d’une part peu habitué à cette orthographe et d’autre part dérouté par les néologismes de Raphaël Confiant et de Patrick Chamoiseau. Roger Toumson, enfin, s’appuyant sur Aimé Césaire, ne considère pas la langue créole comme unique expression de la culture antillaise, ni comme vecteur privilégié de la subversion. En effet, le danger de la création d’une nouvelle norme créolisante existe. Une telle entreprise signifierait institutionnaliser la révolte et ainsi établir une négation de toute différence à l’intérieur de la société antillaise : “ L’idée est de doter la communauté d’un corpus de textes reflétant une norme immanente, découplée de l’étymologie et permettant de lutter contre la gallicanisme ” (5). La conquête du centre français semble donc présenter bien plus de périls que de gain. Ce point de vue est repris dans des revues dissidentes comme la Nouvelle Revue des Antilles, radicalement opposée au discours du GEREC, tant du point de vue politique que linguistique. Ainsi, la symbolique des Lumières est reprise pour distinguer un camp progressiste éclairé et un camp réactionnaire incohérent, comme l’indique le titre d’un article éditorial d’Edouard De Lépine : “ Contre l’obscurantisme, oser dire tout ce qu’on croit vrai ” : L’ignorantisme d’aujourd’hui, qui considère l’enseignement comme un des plus dangereux produits d’exportation du colonialisme, n’est pas à une contradiction près. La première de ces contradictions, c’est que les meilleurs d’entre les ignorantistes sont des diplômés, souvent de haut niveau et pas peu fiers de l’être, de l’enseignement qu’ils condamnent. Par quel miracle ont-ils échappés aux effets d’un poison absorbé pendant si longtemps et à si haute dose ? (6) Le comité de lecture était en outre composé de l’écrivain Xavier Orville, récemment décédé, et des universitaires Lambert Félix Prudent et Roger Toumson, peu favorables aux thèses du GEREC. Xavier Orville, influencé dans ses romans par le réalisme merveilleux latino-américain, opte pour une écriture poétique en français, dont l’onirisme et non pas l’origine sociale subvertit l’ordre établi : (…) les miroirs n’eurent plus de reflets ; les couverts transpirèrent dans les tiroirs ; les toiles d’araignées relièrent les rues et, de part et d’autre du marché, les disques d’interdiction de stationner s’inversèrent, en invitant les rêves à se coaguler sur place. (7) Si les revues guadeloupéennes sont moins présentes sur le devant de la scène littéraire, elles parviennent néanmoins à articuler un discours divergent de la majorité des publications martiniquaises. Ainsi, Dérades, “ revue caribéenne de recherches et d’échanges ”, dont le titre est inspiré par le poème “ Dérade ” de Daniel Maximin, publié dans le premier numéro, exprime un refus de la problématique centre-périphérie, telle qu’elle est abordée en Martinique : (…) ces îles plus invisibles encore que jamais et qui comptent peut-être de moins en moins pour elles-mêmes, aspirées peu à peu par un béton anarchique, vouées semble-t-il à être le lieu de l’oisiveté des autres, n’ayant progressivement que des coutumes perdues, des traditions muettes après avoir sans doute raté cette présence à soi que l’on nomme identité. Mais le monde va, les Antilles avec lui, et nous ne voulons pas être les orphelins du sens de ces cheminements. Tout n’est peut-être pas explicable, et sans doute les concepts s’effraient-ils devant ce qu’il y a à penser. Mais enfin, il y a autre chose à faire qu’à se laisser saisir par les choses, qu’à se laisser faire et transformer par elles, c’est-à-dire en choses. Dérades, donc. (…) Notre revue sera ainsi portée par ce refus des illusions, pied à pied, à l’inverse de ces recherches de projet qui se sont lassées, je crois, dans ce va et vient du paradis perdu au paradis retrouvé. Nous voudrions que cheminent ici les désirs multiples et intenables, délivrés à la fois de la querelle des origines, des nécessités d’un destin, de la rigidité de la norme. (8) La revue Caré, qui exprimait une sensibilité comparable et à laquelle avait contribué Daniel Maragnès, exprimait en 1975 déjà son refus des définitions identitaires : “ Que le lecteur ne s’étonne pas si un texte dit autre chose que celui qui le précède : chacun parle d’où il est, et va où il veut. Nous ne sommes pas des partisans du dogmatisme théorique. ” (9) L’usage guadeloupéen du créole n’est pas systématique et lorsqu’il est utilisé comme langue unique d’un récit, il représente une alternative, un usage complémentaire comme le suggère la variante française du récit créole de Sylviane Telchid, car les libertés de la transposition contredit une intention de traduction : Version créole : Si yo té di Titin on jou tousa biten té ké rivé-y an vi a-y, i pa té ké jen kwè sa. Pas, dépi i té toupiti, pou-y vi a-y té ja tou trasé : i té ké travay asi bitasyon dépi i té ké pran on ti laj é plita, i té ké mayé épi Tijòj. (10) Version française : Titine aurait-elle pu s’imaginer qu’un jour tant de bouleversements surviendraient dans sa vie ? Elle qui pensait que cette vie n’était qu’un sillon tout droit qui ne regardait ni devant ni derrière. Elle qui croyait que sitôt sa nubilité atteinte, sa deuxième existence commencerait sur la grande habitation ; là où sa sueur coulerait du petit matin jusqu’au finissement du jour ; là où la sueur de ses parents et de ses arrière-parents n’avait pas arrêté de se répandre du lever au coucher du soleil. (11) L’usage divergent du créole et sa théorisation dans les revues antillaises reproduisent donc bel et bien le clivage culturel entre la Martinique et la Guadeloupe ; toutefois, l’on peut penser qu’avec l’internet de nouvelles revues verront le jour, moins liées aux institutions qui les publiaient jusqu’alors, nuançant ainsi le rôle accordé au créole. Axel Gauvin, Président de Tangol, Haut Conseil de la Langue Réunionnaise, défend donc une francophonie plurielle, c’est-à-dire la conciliation d’une promotion du français, de la culture métropolitaine et des langues et cultures locales. Il ne rejette pas le lien avec la métropole, mais une francophonie aussi opportuniste que dominatrice : …une certaine francophonie : celle du rouleau compresseur, celle de l’éradication des langues au profit du monopole du français, celle de la glottophagie, celle du colonialisme linguistique. L’intérêt bien compris de la langue française est tout autre. Celle-ci peut et doit se développer dans le respect des langues locales, dans leur reconnaissance, dans leur développement propre. Aussi vrai qu’il faut un enseignement nouveau du français à la Réunion, cet enseignement ; si l’on ne veut pas aller vers la mort de notre langue créole, mais aussi vers d’interminables conflits, des plaies qui ne se refermeront pas ; doit être accompagné, pour tous ceux qui le désirent, de celui de la langue créole (12) Dans son ouvrage Du créole opprimé au créole libéré, Gauvin était allé plus loin en insistant sur l’antériorité du créole pour les Réunionnais et donc l’usage plus naturel et à partir de là plus efficace de cette langue : Mais l’aspect essentiel du problème reste l’inintelligence par les masses populaires réunionnaises de la langue française, car aujourd’hui cette langue a la monopole de l’enseignement, des mass media, du pouvoir. Les monolingues créoles qui forment l’immense majorité de la population se retrouvent ainsi, comme l’aurait dit Albert Memmi, « munis de leur seule langue, étrangers dans leur propre pays. » (13) Le créole apparaît donc comme véritable langue de la Réunion, dénigrée par le « colonisateur » (propos nuancé par la suite). La référence à la colonisation linguistique n’est pas très heureuse, puisque la Réunion est à l’origine une île francophone. Selon Robert Chaudenson le français ne se superpose pas au créole, le français étant antérieur à ce dernier. Elle contredit la thèse du créole comme langue « authentique » des îles opposée au français d’une métropole colonisatrice. Ce que critique d’ailleurs Robert Chaudenson est une désaffection du français considéré par certains chercheurs locaux comme une langue importée, donc étrangère. Ce sont surtout les conclusions de ce chercheur concernant une certaine promotion du créole, suggérant un rôle culturel négligeable de cette langue, qui sont à l’origine de son désaccord avec Axel Gauvin : En effet, s’il est utopique de songer à donner aux créoles un statut égal à celui du français (ou de l’anglais), il est, en revanche, possible à la fois de procéder à un aménagement linguistique (instrumentalisation, normalisation, enrichissement) et à une certaine promotion de ces parlers, tout en assurant également un accèsréel à la connaissance et à la pratique de la langue européenne. (14) Axel Gauvin entend certes décrire des comportements qui s’apparentent bel et bien à celui du colonisateur mais la comparaison avec d’autres peuples, culturellement soumis par la France, enferme le débat dans une logique binaire (le Français, langue imposée à une population créolophone à l’origine) qui ne rend pas justice à la complexité linguistique et culturelle de la Réunion. Néanmoins, malgré un discours autonomiste, Axel Gauvin n’entend pas opposer un essentialisme de la langue créole des nobles origines à celui de la langue française des fourbes colons, même si la définition du français comme langue étrangère aux Réunionnais laisse assez perplexe : Il est évident que dans une Réunion autonome le français aura toujours sa place, car c’est dans la logique du nouveau statut : les liens politiques, économiques, culturels, que nous aurons avec la France entraîneront la nécessité du maintien de la langue française. Mais une large place doit être faite au créole… (15) Et, obliger à changer de langue, c’est obliger à couler la pensée dans un moule qui est étranger. Pour les enfants, cela peut être grave sur le plan psychologique …- Lorsque le changement se fait à un moment où la personnalité de l’enfant ne s’est pas encore structurée. (16) Malgré l’attachement de l’auteur à une certaine représentativité, l’approche herdérienne de la langue que l’on retrouve dans les revendications institutionnelles passées n’apparaît pas dansTrain fou. Ponctué d’expressions créoles, sans pour autant être créolisé, le style d’Axel Gauvin confère à chaque protagoniste son langage. La Réunion parle ainsi plusieurs langages comme elle parle plusieurs langues. Ce roman marque ainsi une évolution de l’auteur vers une symbolique plus globale que dans ses premiers ouvrages : Mais le plus intéressant y était le curieux travail du romancier sur le français, pour constituer une langue littéraire rendant le créole visible et audible, par des démarquages syntaxiques et beaucoup d’emprunts de mots ou par des transpositions d’expressions imagées. Ce qui suscita d’ailleurs un débat animé : on reprochait à Gauvin de fabriquer ainsi une langue artificielle, un pseudo-français régional, au lieu de passer franchement à l’écriture en créole. (17) Faims d’enfance est le dernier roman d’Axel Gauvin a être paru également en créole sous le nom de Bayalina en 1995 après Kartiétrwa-lèt, version créole de Quartier Trois-Lettres, parue en 1984. Peut-on parler d’une traduction destinée à restituer le texte originel créole ? Rien n’est moins sûr. En effet, Axel Gauvin semble hésiter et expérimenter en passant du français au créole et vice-versa, ce qui suggère l’existence de plusieurs versions distinctes. Dans le cas de Quartier 3 Lettres, il n’y a pas moins de deux versions créoles et trois façons d’intégrer le créole dans son écriture : traduction en créole, ajout de descriptions en créole et créolisation du texte français. Le texte originel est tantôt le texte français, tantôt le texte créole : Quartier 3 Lettres a connu cinq versions. La première version, (1970) en « français standard ». Axel Gauvin publie ensuite son essai Du créole opprimé au créole libéré. Défense de la langue réunionnaise (L’Harmattan, 1977), où il théorise la nécessité d’écrire des oeuvres littéraires en créole. Il produit donc une deuxième version du roman, en créole, à partir de la traduction du premier texte, en y ajoutant des descriptions directement en créole. L’éditeur exigeant un texte en français, Axel Gauvin produit un troisième texte qui est la traduction française de la deuxième version. Mécontent du résultat, il créolise le texte. Cette quatrième version étant inacceptable pour l’éditeur, il la décréolise, ce qui donne la version éditée du roman (18) On le voit, l’attachement au français et au créole coexiste. Même s’il y a une certaine pression de l’éditeur français, Axel Gauvin ne livre pas un texte en français “ standard ”, quitte à publier une version créole authentique plus tard, mais il offre deux textes dont chacun reflète la culture réunionnaise à part entière. Littérature antillaise, littérature mascareigne - Langues d’écriture : négociations et conflits L’usage du créole reflète dans la littérature martiniquaise de Raphaël Confiant le combat culturel à travers le rapport aux institutions de la francophonie : Enfin, il convient d’affirmer qu’Espace créole / Espaces francophones considérera comme faisant partie de son champ légitime d’études toute la littérature antillo-guyanaise de langue française, tant celle d’hier que celle d’aujourd’hui, et n’omettra pas de s’intéresser de près aux littératures francophones du Québec, d’Afrique noire et du Maghreb. Enfin, toujours dans le même ordre d’idées, la didactique du Français-Langue Etrangère constituera l’un des axes privilégiés de notre réflexion et de nos publications. (19) La francophonie est clairement présentée ici comme une politique culturelle stratégique (le français est une langue utile) et non identitaire (le français n’apparaît pas comme langue maternelle ou même seconde des Antillais). Aussi, chez Raphaël Confiant une utilisation du créole dans les dialogues souligne l’aspect naturel du créole, qui contamine le français plus qu’il ne s’allie à lui dans les passages en français créolisé : “ Sacré vyé chaben ki ou yé ! Sakré chaben prèl si ! Chaben, tikté kodenn ! Chaben tikté kon an fig mi ! Foutém-walikan, chaben sé an mové ras Bondié pa té janmen dwèt mété anlè latè ! ” (Espèce de mauvaise race de chabin ! Espèce de chabin aux poils suris ! Chabin au visage tacheté comme un coq d’Inde ! Chabin tiqueté comme une banane mûre ! Fous-moi le camp, les chabins sont une mauvaise race que Dieu n’aurait jamais dû mettre sur la terre !) (20) Le créole est employé dans une volonté de réalisme local, et ce dans le but d’affirmer la validité du centre antillais. L’usage du créole comme langue exclusive de l’écriture littéraire et la conjugaison du créole et du français créolisé procède d’une même logique de subversion du français “ standard ” par le créole. On se souviendra que Raphaël Confiant a écrit ses premiers romans en créole, pour adopter ensuite le français créolisé de Patrick Chamoiseau (21). Ce geste s’explique par un pragmatisme économique et culturel, car écrire en français créolisé signifie aux yeux de Confiant atteindre un public antillais et français (“ français ” étant entendu comme dénomination culturelle et non politique ; elle désigne l’identification au continent). Le créole subit donc une métamorphose par soucis d’efficacité. D’aucuns reprocheront à Confiant ce choix jugé autodestructeur. Le créole s’affirme, certes, comme identité ancrée dans le langage du romancier – son indépendance se traduit par son usage irrévérencieux du français – mais l’écrivain fait plus que traduire une quelconque “ âme ” créole : le français, qui ne domine plus le récit, occupe encore une place de choix dans les œuvres de ces deux auteurs : Chamoiseau insère le plus souvent la traduction dans le texte, l’isolant cependant dans une parenthèse. La traduction n’est pas systématique, même celle des phrases (par exemple la formule “ apa couyonnad ” qui signifie “ c’est pas de la blague ” n’est pas traduite). (…) Mêmes traduites, les phrases ne le sont jamais littéralement, ni complètement : la traduction se contente d’en donner la teneur. (..) Chamoiseau laisse le créole exister par lui-même. C’est un choix différent que fait Gauvin, tentant d’intégrer davantage le créole au français. (22) Cette démarche se distingue de celle des auteurs guadeloupéens dont les textes en français offrent des traces sporadiques de créole, comme une reconnaissance de plusieurs héritages, plus qu’un affrontement de deux univers. Les auteurs guadeloupéennes se distinguent ainsi de bon nombre de leurs homologues martiniquais par une approche moins exclusive de la langue d’écriture : Maryse Condé et Gisèle Pineau ont choisi le français, Sylviane Telchid le français et le créole de façon simultanée (sa version française ne comporte que peu d’expressions créoles et ce de manière irrégulière ; on ne peut donc parler de français créolisé comme le pratiquent Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant). Cependant, au delà de ces différences, les littératures antillaises ont comme point commun une présence évidente du créole dans l’écriture. Qu’il s’agisse de revendication littéraire contre une francophonie jugée menaçante ou d’une écriture bipolaire alliant créolophonie et francophonie dans la compréhension de la culture antillaise, les littératures martiniquaises et guadeloupéennes intègrent le créole et la question francophone de façon systématique jusque dans la structure même de la phrase chez Raphaël Confiant qui intègre comme Patrick Chamoiseau le style direct au sein d’une phrase en style indirect : Tout le monde avait conscience que le pays venait de descendre une marche supplémentaire vers la décadence et qu’un beau jour, assurément et pas peut-être, il se retrouverait les quatre fers en l’air. (23) ou de façon répétitive dans le choix de certains mots-clefs, véhiculant des concepts phare de la culture antillaise : La grande drive des esprits de Gisèle Pineau. L’auteur réunionnais Axel Gauvin, également défenseur du créole, se démarque de la plupart des écrivains antillais, car il utilise le créole de façon irrégulière, suggérant une opposition à la francophonie moins forte a priori : Dans Quartier Trois Lettres la créolisation est un marqueur d’identité. Je pose mes bornes : voilà ma maison, voilà mon jardin et que mes bornes vous empêchent de passer, ce n’est pas mon problème. En fait, cela n’a rien à voir avec la littérature. (…) Dans Faims d’enfance et dans le troisième roman, L’Aimé la créolisation reste, sans aucun doute possible, un marqueur d’identité, mais n’exclut pas : la porte est ouverte et qui veut bien entrer le peut.(24) La violence de Train fou, le dernier roman d’Axel Gauvin, prend le lecteur par surprise, car le rapport à la francophonie en général semble malgré tout moins problématique. En effet, l’auteur cible parfaitement sa critique en isolant les parangons d’une francophonie limitée à un groupe social, celui de Bernard Montcorbeil, fonctionnaire raciste et inculte. Ainsi, deux approches de la francophonie se heurtent : une francophonie multiculturelle dans laquelle l’écrivain se reconnaît et une francophonie centralisée colonisatrice qui serait celle défendue par certains chercheurs métropolitains. Axel Gauvin n’offre pas d’alternative particulière mais lance des suggestions d’ordre général, l’essentiel étant de préserver la culture réunionnaise. Le dernier roman de cet auteur se distingue plus par l’illustration de principes moraux et culturels, valables pour toute communauté opprimée, que par une revendication linguistique et politique définie qui serait comparable au modèle antillais de la créolité. Train fou est le récit d’une grotesque farandole nocturne menée par Bernard Montcorbeil, conquérant parisien, venu faire carrière dans les îles. Après une série d’échecs en métropole, la vengeance autant que la soif de réussite sont devenues les principales motivations de cet homme, “héros ” d’une farce néocoloniale. Celui-ci se met, une nuit, à la tête d’une chenille humaine errant à travers les rues de la ville. Le périple de trois Réunionnais, qui, tels des wagons, s’accrochent à la locomotive France pour exister, illustre la marginalisation de l’île par rapport au centre parisien, représenté par ses directions et sousdirections aux noms barbares. Les nombreux monologues intérieurs de Bernard Montcorbeil, personnage principal du récit, sont l’expression de son égocentrisme, car ils dominent le récit, comme l’homme domine le déroulement des événements. Le passage du registre de la politesse hypocrite à un argot ordurier donne dès le début du roman le ton du racisme et de la vulgarité de cet antihéros, qui ne perçoit la Réunion que comme un de “ces amuse gueules tropicaux probablement bourrés de piment ” (25). Le trio des Réunionnais quant à lui – composé de personnages aux noms évocateurs, véritable résumé des causes de leur perte : Pan, le vaniteux, ParlePas, le passif et Noiseau, le nomade – est condamné à périr dès lors que le “ vaza ” – l’étranger – s’en désintéresse. Le ton est donné, le langage imposé. Les personnages locaux sont là pour faire tapisserie fantaisiste. Ne compte que ce « Bernard » ressassé dix fois en l’espace de deux pages, multiplié au rythme des possessifs et d’une troisième personne qui marque l’importance que le bonhomme revêt à ses propres yeux : Claudiquant d’abord, puis de moins en moins malaisément, Bernard gagne la lumière. (…) Heureusement ! Bernard a pensé : Heureusement ! L’inopportunité de cet optimisme le ramène à la réalité. (…) Bernard reste, bien évidemment, fonctionnaire de son poste – et de son grade ! Son emploi… sa situation plutôt… son salaire, pour être net, n’est donc pas en jeu. Mais merde ! Croupir, minable parmi les minables, éternel second, Poulidor de l’ADE… (…) Mais enfin, qu’a-t-il fait, Bernard, de répréhensible ? Rien! Rien, sinon qu’il a fait face. (…) Mais que faire, Bernard ? (26) La parole de l’Autre est inexistante dans son univers. Bernard Montcorbeil est là pour prêcher la bonne parole, celle de son Ministère Divin des Belles Lettres et de la Culture. Le créole, ce « patois des analphabètes », résonne entre les lignes, débarrassé de son parfum d’opprobre face à l’argot méprisant de l’exilé parisien. L’analphabète ici s’appelle Bernard Montcorbeil. La langue qu’il ne maîtrise pas est celle de la pluralité linguistique et culturelle de la Réunion. Le dernier roman d’Axel Gauvin se distingue également par la multitude des points d’interrogation qui fait pendant aux points d’exclamation, faibles cache-misères du doute. Le contenu anodin des phrases marque un contraste avec l’urgence de la situation, signifiant ainsi l’importance du non-dit et des chocs culturels invisibles (« Mon verre ! J’ai oublié de payer mon verre ! Je ne vais pas partir sans payer mon verre ! » (27)). L’approche quasi psychanalytique du narrateur semble être la clef d’un roman dans lequel les portes ne cessent de claquer au nez des protagonistes. - Psychologie de la “colonisation” dans les œuvres littéraires Train fou est un roman de la quête identitaire, non pas celle de Bernard Montcorbeil, qui est d’ailleurs bien plus symbole qu’individu, mais de Maxime qui face au destin de ses amis réalise la nécessité de se débarrasser du regard de l’autre et de déterminer l’avenir politique de l’île. L’exotisme béat de l’aventure balisée qu’est censé fournir le roman réunionnais est subverti par le parcours cynique de l’ambitieux et par le dénouement tragique du récit. Axel Gauvin poursuit la déconstruction du regard pittoresque amorcé dans Cravate et fils avec un sujet qui ne prêtait déjà guère à l’idéalisation et qui plongeait le lecteur dans la psychologie de la désorientation et du déracinement : le suicide. Dans Train fou, l’alcool et l’obscurité, symboles de l’abrutissement et de l’anonymat des passagers de ce train fantôme lancé au rythme infernal des phrases saccadées, révèlent l’espace de quelques heures l’envers du décor paradisiaque. Le paysage aquatique, scène d’une pièce morbide, peuplée de monstres – crapauds et grenouilles – noie les rêves dans l’eau croupie du bassin aux nénuphars et dans les remous d’un océan hostile. Cette plongée dans l’inconscient des personnages va à l’encontre des attentes d’un certain lectorat métropolitain friand de francophonie très tropicale. Dans Cravate et fils, Axel Gauvin envoyait déjà son héros prendre des vacances aux Seychelles, endroit paradisiaque pour les Réunionnais. Le lecteur peu familier des îles de l’Océan indien découvrait surpris que son regard n’était pas universel. Quelle désorientation lorsqu’il découvrit que ce héros qui rêvait tout comme lui d’une plage de sable blanc comme comble de l’exotisme, ne considérait pas son île comme un club de vacances (on notera que l’exotisme qu’aborde Gauvin ici est compris dans son acception la plus péjorative) ! A travers Train fou, une fois de plus, l’auteur n’accorde pas le droit au nouveau venu de définir ce qui est exotique ou non pour un Réunionnais. Bernard Montcorbeil dégrade tant la Réunion que la notion d’exotisme en la réduisant à une définition des plus primitives : l’interdit provisoire, cette transparence inconnue destinée à exciter les sens du touriste administratif, vite devinée, encore plus vite délaissée. Au mieux, la Réunion est un malentendu, une familiarité qui se déguise pour plaire, mais qui indiffère profondément : Et cette étoupe fangeuse prise aux boutons de nacre, comment – et pourquoi ! – aurait-il pu admettre qu’il s’agissait des racines d’une plante aquatique appelée « Jacinthe d’eau » qu’il ne connaît pas et ne connaîtra probablement jamais ? (28) Ce Messie de l’ombre impose un monologue culturel de la première page, mais pas de la dernière. Le sacrifice final de Maxime peut apparaître à la fois comme un geste expiatoire, afin de racheter les compromissions passées, et une volonté de faire table rase et de développer un imaginaire propre, dans tous les sens du terme : “ Usé ! Fini! Assez : Maxime en a assez de ce simulacre de vie! ” (29). La violence discrète, sous-terraine, apparaît au grand jour, conséquence inéluctable d’un malaise identitaire provoqué et ignoré par une armée d’exilés aigris. Par son geste, Maxime vole la vedette à l’imposteur biblique et donne un sens, son sens, à l’aventure réunionnaise. Le trio tragique se transforme en trinité de la rédemption : Et Maxime frappe, frappe, frappe, frappe ! Il a touché la hanche, la poitrine, c’est la tête qu’il veut viser, la tête… Un coup de feu claque. Un deuxième. La troisième balle prend Maxime en plein dos alors qu’il tombait déjà. (30) Chez Raphaël Confiant, un rapport anormal à la culture et donc un potentiel subversif est exprimé à travers la transgression linguistique. Pourtant, ce rapport peine à se dégager du clivage dichotomique : dominé-dominant. Le créole est donc perçu comme un vecteur d’authenticité, même si son opposition radicale au français laisse deviner une ambiguïté, rejetée afin de mieux y remédier. L’hégémonie d’un français jadis imposé par le Nord de la France au Sud de l’hexagone, référence historique qu’amène le choix récurrent d’expressions aussi châtiées que désuètes, apparaît de tous points de vue en décalage avec le vécu insulaire, d’autant plus que seule la stéréotypie du français, c’est-à-dire son extériorité, est stigmatisée dans les romans de Raphaël Confiant : “ Madame Augustin, la loi fouançaise, c’est la loi fouançaise. La Répiblique une et indivisib’, c’est la Répiblique une et indivisib’, en foi de quoi je me permets de procéder à l’arrestation immédiate et sans condition de vot’ filleul, susnommé Raphaël, qui a commandité l’assassinat du jambon officiel du grand bal annuel des maîtres du feu, valeureux défenseurs de notre intégrité maisonnière et territoriale… ” Le temps qu’il brandisse ses menottes et que tante Emérante entreprenne de l’envoyer se faire péter dans le nez par un ours, tu as déjà gagné ton refuge de la plage de Grand-Anse. (31) La critique des institutions métropolitaines exercée à travers la peinture grotesque d’un représentant de l’ordre républicain qui désacralise par la prononciation créole des principes linguistiquement intouchables de la Nation française fait pendant à celle que renvoie Axel Gauvin aux “ décideurs ” parisiens, mais la différence demeure de taille : alors que Confiant use de l’impitoyable simplification et systématisation du stéréotype pour désigner une culture métropolitaine à rejeter, Axel Gauvin lui préfère une psychanalyse des individus afin de dépeindre un milieu particulier au sein d’une francophonie beaucoup plus large. Raphaël Confiant distribue des rôles sans ambiguïté, malgré l’esprit de dérision, qui en fin de compte n’altère pas l’ordre social. Les personnages pittoresques sont acceptés tels quels. L’auteur ne leur demande pas d’évoluer mais d’être “ eux mêmes ”, donc créoles, donc opposés à la métropole. Alors que les amis réunionnais représentent des aspects divers de la culture locale, les personnages-types de Confiant se ressemblent. Tous symbolisent de la même façon le Martiniquais, essence antillaise qui se concentre dans le chabin autobiographique de Ravines du devant jour, au caractère vindicatif inchangé voire inchangeable. Les personnages de Confiant sont la lutte. La thématisation de la famille déjà récurrente chez Chamoiseau souligne l’identité unique de l’Antillais. Ainsi, l’attachement de Confiant aux institutions de la francophonie relève de la stratégie du Cheval de Troie plus que d’une reconnaissance d’héritages complexes et multiples. Les romans de Raphaël Confiant et ce depuis ses débuts sont destinés à créer un contrepoids à une francophonie menaçante perçue avant tout comme plate-forme stratégique afin de promouvoir le créole, ce qui révèle tout de même une certaine confiance en la capacité de ces institutions à admettre les langues minorées dérivées du français. Le retour au créole comme langue privilégié d’écriture traduit néanmoins une volonté d’indépendance politique et culturelle ou à défaut d’autonomie. En cela, l’écrivain est proche de bon nombre de ses collègues martiniquais, et ce malgré des prises de position commune avec Axel Gauvin pour la sauvegarde du créole. En effet, ce dernier a abandonné les revendications autonomistes de ses débuts, mais il n’en réclame pas moins une prise de conscience des Réunionnais afin de lutter contre une assimilation pure et simple à la métropole. Le sacrifice de Maxime prend certes des allures de martyr, mais il s’attaque non pas aux représentants de l’ordre, mais d’un ordre qu’il rejette absolument car il ne lui donne aucune possibilité d’articuler son désarroi et sa colère. La tête que Maxime veut à tout prix atteindre est un mode de pensée hexagonal qui méprise les particularités de la Réunion et écrase toute divergence. Il n’en est pas moins vrai que Train fou est une mise en garde à certains politiciens et gardiens d’une tradition figée qu’aux Réunionnais sombrés dans l’apathie, résignés à l’assimilation aux valeurs d’une culture pseudoélitiste : “ Je suis un p’tit sauvage/Du pays de BongoBongo! ” (32). (1) Léotin, Térèz “ Pipich pawòl ”, Ora lavi. À fleur de vie, Ouvrage bilingue créole-français, Paris, L’Harmattan, 1997., p.11. (2) Léotin, Térèz “ Menus propos ”, Op. cit., p.41, traduction : R. Jean-Baptiste-Edouard. (3) de Jaham, Roger “ Pinalie, touche pas à ma constitution ” Antilla, N°841, 16 juillet 1999, p.9. (4) Voir Chaudenson, Robert “ Les créoles à l’épreuve du Capes ” Libération, 9 novembre 2000, http://kapeskreol.online.fr/articles/chaudenson.htm et Confiant, Raphaël “ Chaudenson et le mammouth. Réponse de R. Confiant suite aux attaques contre sa personne par R. Chaudenson dans le dernier numéro de “ Gazèt sifon blé ” ”, http://kapeskreol.online.fr/articles/chaudensonmammouth.htm (5) Prudent, Lambert Félix “ Écrire le créole à la Martinique : norme et conflit socio-linguistique ” Le créole français entre l’oral et l’écrit (Ed. Ralph Ludwig), Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1989, p.72. Pour un recensement de la littérature en créole voir : Prudent, Lambert-Félix “ Les problèmes d’émergence d’une littérature créole antillaise ” Itinéraires et contacts de cultures, Littératures insulaires : Caraïbes et Mascareignes, Vol.3, Paris, L’Harmattan, 1983, p.29-54. (6) De Lépine, Edouard “ Contre l’obscurantisme, oser dire tout ce qu’on croit vrai ” Nouvelle Revue des Antilles, N°1, Fort-de-France, 1988, p.1. (7) Orville, Xavier Le marchand de larmes, Paris, Grasset, 1985, p.34-35. (8) Maragnès, Daniel “ Editorial ” Dérades, N°1, décembre 1997, Guadeloupe, http://www.multimania.com/derades. (9) Maragnès, Daniel “ Editorial ” Centre Antillais de Recherche et d’Etudes, N°1, mars 1975, Bourg Abymes, Guadeloupe, p.6.), la revue a cessé de paraître en 1982. (10) Telchid, Sylviane “ Mondézi ” Op. cit., p.102. (11) Telchid, Sylviane “ Mondésir ” Ecrire la “ parole de nuit ”. La nouvelle littérature antillaise, Paris, Gallimard, 1994, p.95. (12) Gauvin, Axel » Chaudenson, l’éradicateur » Kapes kreol, http://kapeskreol.online.fr/articles/eradicateur.htm (13) Gauvin, Axel Du créole opprimé au créole libéré, Paris, L’Harmattan, 1977, p.24. (14) Chaudenson, Robert Créoles et enseignement du français, Paris, L’Harmattan, 1989, p.156. (15) Gauvin, Axel Op. cit., p.80. (16) Gauvin, Axel Op. cit., p.82. (17) Joubert, Jean-louis ‘Axel Gauvin ou la saveur réunionnaise’ Littératures de l’Océan Indien, Edicef, Vanves, 1991, http://www.bibliotheque.refer.org/litoi/ (18) Marimoutou, Carpanin Le Roman réunionnais, Une problématique du Même et de l’Autre. Essai sur la poétique du texte romanesque en situation de diglossie. Université Paul ValéryMontpellier, Thèse pour le Doctorat d’Etat, sous la direction de Monsieur le Professeur Robert Lafont, 1990, tome 2, p. 251. (19) Confiant, Raphaël Espace créole : Préface. (20) Confiant, Raphaël Ravines du devant-jour, Paris, Gallimard, 1993, p.34 (italiques dans le texte). (21) Raphaël Confiant a publié de nombreux nouvelles et romans en créole, dont il prend en charge la traduction ou qu’il confie à des traducteurs proches de sa sensibilité linguistique : Jik dèyè do Bondyé, Grif An Tè (1975), Bitako-a, Gérec (1985), Kôd Yanm, K.D.P. (1986), Marisosé, Presses Universitaires Créoles (1987), Jik dèyè do Bondyé, Ibis Rouge, 2000. (22) Deltel, Danielle “ La créativité du créole dans le roman de langue française : Patrick Chamoiseau et Axel Gauvin ” Convergences et divergences dans les littératures francophones, Paris, L’Harmattan, 1992, p.185-186. (23) Confiant, Raphaël Régisseur du rhum., p.294. (24) Gauvin, Axel In « La langue métisse d’Axel Gauvin. Propos recueillis par Bernard Magnier » Notre Librairie, N.128, p.103. (25) Gauvin, Axel Train fou, Paris, Seuil, 2000, p.9. (26) Gauvin, Axel Op. cit, p.40-41. (27) Gauvin, Axel Op. cit., p.84. (28) Gauvin, Axel Op. cit., p.154-155. (29) Gauvin, Axel Op. cit., p.119. (30) Gauvin, Axel Op. cit., p.172-173. (31) Confiant, Raphaël Ravines du devant-jour, Paris, Gallimard, 1993, p.139-140. (32) Gauvin, Axel Op. cit., p.125. Bibliographie Œuvres : Confiant, Raphaël Jik dèyè do Bondyé, Fort-de-France, Grif An Tè, 1975. Confiant, Raphaël Bitako-a, Schoelcher, Gérec, 1985. Confiant, Raphaël Kôd Yanm, K.D.P., 1986. Confiant, Raphaël Marisosé, Schoelcher, Presses Universitaires Créoles, 1987. Confiant, Raphaël Jik dèyè do Bondyé, Petit-Bourg, Ibis Rouge, 2000. Confiant, Raphaël Ravines du devant-jour, Paris, Gallimard, 1993. Gauvin, Axel Kartié-trwa-lèt, Saint-Leu, Presses de Développement, 1984. Gauvin, Axel Bayalina, Saint-Denis, Grand Océan, 1995. Gauvin, Axel Cravate et fils, Paris, Seuil, 1996. Gauvin, Axel Train fou, Paris, Seuil, 2000. Léotin, Térèz “ Pipich pawòl ”, Ora lavi. À fleur de vie, Ouvrage bilingue créole-français, Paris, L’Harmattan, 1997. Léotin, Térèz “ Menus propos ”, Op. cit., traduction : R. JeanBaptiste-Edouard. Orville, Xavier Le marchand de larmes, Paris, Grasset, 1985. Telchid, Sylviane “ Mondésir ” Ecrire la “ parole de nuit ”. La nouvelle littérature antillaise, Paris, Gallimard, 1994. Telchid, Sylviane “ Mondezi ” Ecrire la “ parole de nuit ”. La nouvelle littérature antillaise, Paris, Gallimard, 1994. Ouvrages critiques : - Chaudenson, Robert Créoles et enseignement du français, Paris, L’Harmattan, 1989. - Chaudenson, Robert “ Les créoles à l’épreuve du Capes ” Libération, 9 novembre 2000, http://kapeskreol.online.fr/articles/chaudenson.htm - Confiant, Raphaël Espace créole : Préface. - Confiant, Raphaël “ Chaudenson et le mammouth. Réponse de R. Confiant suite aux attaques contre sa personne par R. Chaudenson dans le dernier numéro de Gazèt sifon blé ”, http://kapeskreol.online.fr/articles/chaudensonmammouth.htm, 2000. - Deltel, Danielle “ La créativité du créole dans le roman de langue française : Patrick Chamoiseau et Axel Gauvin ” Convergences et divergences dans les littératures francophones, Paris, L’Harmattan, 1992. - Gauvin, Axel Du créole opprimé au créole libéré, Paris, L’Harmattan, 1977. - Gauvin, Axel In « La langue métisse d’Axel Gauvin. Propos recueillis par Bernard Magnier » Notre Librairie, N.128, Cinq ans de littératures. 1991-1995 : Haïti, Océan Indien, Octobre-Décembre 1996. - Gauvin, Axel » Chaudenson, l’éradicateur » Kapes kreol, http://kapeskreol.online.fr/articles/eradicateur.htm, 2000 ? - de Jaham, Roger “ Pinalie, touche pas à ma constitution ” Antilla, N°841, 16 juillet 1999. - Joubert, Jean-Louis « Axel Gauvin ou la saveur réunionnaise » Littératures de l’Océan Indien, Edicef, Vanves, 1991, http://www.bibliotheque.refer.org/litoi/ - De Lépine, Edouard “ Contre l’obscurantisme, oser dire tout ce qu’on croit vrai ” Nouvelle Revue des Antilles, N°1, Fort-de-France, 1988. - Maragnès, Daniel “ Editorial ” Dérades, N°1, décembre 1997, PetitBourg, http://www.multimania.com/derades. - Maragnès, Daniel “ Editorial ” Centre Antillais de Recherche et d’Etudes, N°1, mars 1975, Bourg Abymes, Guadeloupe. - Marimoutou, Carpanin Le Roman réunionnais, Une problématique du Même et de l’Autre. Essai sur la poétique du texte romanesque en situation de diglossie. Université Paul Valéry-Montpellier, Thèse pour le Doctorat d’Etat, sous la direction de Monsieur le Professeur Robert Lafont, 1990, tome 2. - Prudent, Lambert-Félix “ Les problèmes d’émergence d’une littérature créole antillaise ” Itinéraires et contacts de cultures, Littératures insulaires : Caraïbes et Mascareignes, Vol.3, Paris, L’Harmattan, 1983. - Prudent, Lambert Félix “ Écrire le créole à la Martinique : norme et conflit socio-linguistique ” Le créole français entre l’oral et l’écrit (Ed. Ralph Ludwig), Tübingen, Gunter Narr Verlag, 1989.
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